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231 Camerounais expulsés de la Guinée équatoriale.

Les autorités guinéennes ont expulsé 231 Camerounais, dont 28 femmes et 203 hommes selon des témoignages recueillis. Plusieurs expulsés affirment avoir subi des détentions arbitraires et des mauvais traitements, tandis que des effets personnels et des proches ont été laissés sur place. Aucune justification officielle n’a été fournie par la Guinée équatoriale, dans un contexte de tensions récurrentes entre les deux pays.

Les Camerounais expulsés, majoritairement actifs dans le secteur informel ou employés dans des plantations, ont été interpellés lors de rafles ciblant les quartiers populaires de Malabo et Bata. Selon des récits concordants, certains ont été détenus pendant plusieurs jours dans des centres surpeuplés, sans accès à une assistance juridique ou consulaire. « Ils nous ont frappés, confisqué nos téléphones, et obligés à monter de force dans des camions », témoigne un ressortissant sous anonymat, joint après son retour au Cameroun.

Les expulsés dénoncent également la saisie de leurs biens (argent, téléphones, documents) et la séparation d’avec des membres de leur famille, notamment des enfants scolarisés en Guinée équatoriale. Aucune procédure légale ne leur aurait été notifiée.

Cet épisode s’inscrit dans une série d’expulsions massives de Camerounais observées depuis 2023. En février 2024, 157 personnes avaient déjà été reconduites à la frontière dans des conditions similaires. Malgré les demandes répétées de Yaoundé, les autorités guinéennes n’ont jamais explicité les motifs de ces mesures, évoquant simplement des « raisons de sécurité nationale ».

La communauté camerounaise en Guinée équatoriale, estimée à plus de 50 000 personnes, vit dans un climat de précarité croissante. Beaucoup travaillent sans contrat, ce qui les expose à des abus et expulsions arbitraires.

Le gouvernement camerounais a confirmé avoir « pris en charge » les expulsés, sans toutefois dénoncer officiellement les agissements de la Guinée équatoriale. Cette retenue s’expliquerait par des intérêts économiques communs, notamment dans le secteur pétrolier. En 2022, les deux pays ont signé un accord pour l’exploitation conjointe d’un gisement offshore, renforçant leur interdépendance.

Des ONG locales, comme le Réseau de défense des migrants, appellent à une médiation régionale : « La CEEAC doit contraindre la Guinée équatoriale à respecter les droits des travailleurs migrants », plaide un responsable.

Ancienne colonie espagnole, la Guinée équatoriale compte sur une main-d’œuvre camerounaise pour ses plantations et chantiers, mais reste méfiante face à l’afflux migratoire. Le Cameroun, de son côté, peine à protéger ses ressortissants, malgré des accords bilatéraux théoriquement favorables à la libre circulation.

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