Arts Plastiques: Dans l'ecriture fondamentaliste de Maurice Mboa

Arts Plastiques: Dans l'ecriture fondamentaliste   de Maurice Mboa

Dans les milieux des arts plastiques internationaux, le nom de Maurice Mboa revient avec insistance parmi les artistes contemporains africains les plus imaginatifs. Ses toiles et autres créations, souvent réalisées à partir de gravures sur toile, sont exposées en Suisse où il est établi depuis 2016, mais également dans toute l’Europe (France, Allemagne, Israël, Angleterre), au Moyen-Orient et aux États-Unis.Dix ans après son départ du Cameroun, le plasticien a acquis une solide expérience et semble avoir atteint aujourd’hui sa vitesse de croisière. Le jeune peintre des années 2000, exposant à Africea et dans les antennes de l’Institut français du Cameroun, a pris du galon.En 2022, en raison de son travail artistique centré sur l’origine des choses, le magazine Forbes Afrique le présentait comme le « nouveau Basquiat », en référence au peintre afro-américain Jean-Michel Basquiat.De passage au Cameroun, Maurice Mboa a révélé les principaux piliers de son art.

Yannick ZANGA: De quoi était-il question dans votre exposition « Reliance » présentée du 26 novembre 2025 au 10 janvier 2026 à la galerie OPA Projects à Miami, aux États-Unis ?
Maurice Mboa: J’ai fait une superbe exposition qui avait un intitulé un peu chronologique sur des projets à venir, des projets qui étaient déjà existants et il fallait insister là-dessus pour faire une promotion sur la qualité de mon travail, la perception de mon art et de l’art africain, en particulier avec la fusion entre les artistes du continent africain, des Caraïbes et des États-Unis Donc ça aussi, ça a été un très bel échange.


Yannick ZANGA: Parti du Cameroun en 2016, vous êtes aujourd’hui établi à Genève en Suisse. Qu’est-ce qui fait la particularité de votre écriture artistique et qui vous permet de voir vos œuvres placardées à Genève, à Tel Aviv, à New York ou encore à Londres ?
Maurice Mboa:En partant de ce que je vais appeler aujourd’hui mon écriture, que je me suis projeté davantage en développant pas mal de concepts. J’ai ainsi amélioré mon travail dans ce développement personnel. Au-delà du développement personnel, il y a eu aussi des formations qui se sont encore ajoutées en Europe. Et après plusieurs années de pratique, j’ai commencé à mesurer un peu l’impact et comment positionner mon art dans l’environnement occidental exigeant au départ. Après, je pense que c’est l’environnement du Cameroun qui m’a fabriqué. J’ai appris à comprendre la difficulté du quotidien. La mentalité du Camerounais aujourd’hui, c’est de savoir se hisser toujours haut pour mieux faire comprendre son problème ou bien interpeller les autres à mieux le comprendre.
Yannick ZANGA : Que répondez-vous à ceux qui caractérisent votre écriture artistique comme un mix d’identité, de mémoire et de spiritualité ?
Oui, en effet, on retrouve une profonde recherche d’identité dans mes œuvres. Cette identité est à la fois complexe et multiple. Je pense que j’ai reçu les attributs d’un enfant du village dans le sens des bénédictions des mamans, des papas et des frères qui t’initient à l’effort, à la résilience, à l’endurance, au dévouement. La question que je me pose tout le temps, c’est de savoir quel est mon rôle ? Quelle est ma mission ? Si ma mission était de refaire le monde, je devrais le refaire avec quelle âme, avec quel outil ? Je pense que mon outil aujourd’hui, c’est aussi mon écriture, interroger plusieurs langages en mettant un accent sur ma tradition, ma culture, mes origines. Je ne peux pas dire que je ne suis qu’un fils du Cameroun aujourd’hui. Je représente plusieurs cultures aujourd’hui. Toutes ces influences font mon quotidien de recherche et de pratique aussi.


Yannick ZANGA: Qu’est-ce qui explique la permanence de la gravure sur métal dans votre identité artistique ?
Maurice Mboa:Oui, la gravure sur métal, c’est une étude qui m’a pris beaucoup de temps, en termes de recherche et de progression. J’ai commencé par faire des dessins sur des papiers. Un jour j’ai trouvé un bout de tôle et je me suis beaucoup interrogé sur la façon dont j’allais arriver à utiliser cette tôle et la manier à l’image d’une feuille de papier ou d’une toile. Si je me contente des réponses que la nature m’a données aujourd’hui, jusqu’à l’histoire de l’humain, c’était qu’on a trouvé les premières écritures gravées sur des pierres. Donc je me suis dit, si sur la pierre, on a trouvé des écritures, ça veut dire que le discours peut rester longtemps. Il va être sur un support qui est indélébile. Donc pour moi, il fallait que je trouve un sujet qui avait un rapport similaire. Et donc quand j’avais de la toile, j’ai mesuré l’intensité de la force que le métal résumait dans le monde moderne. Et dans le monde moderne, on a des voitures, on a presque beaucoup de choses qui sont des outils de métal. Je me suis dit, bon voilà ! Je vais fabriquer ma pierre. Et sur cette pierre, je vais faire une gravure qui restera dans le temps. Donc pour moi, la gravure du métal, c’est une recherche de l’indélébilité en fait.


Yannick ZANGA : Vous militez aussi pour la réforme des approches pédagogiques et académiques en Afrique, notamment sur l’approche sur l’art contemporain. Pourquoi ?


Maurice Mboa:Il y a une approche d’écriture, de rappel de mémoire, qui n’est pas initiée par nous les Africains. C’est comme si c’était quelque chose qui était conçu par les autres et adapté pour nous. Moi, je n’ai jamais été quelqu’un de fermé, je suis quelqu’un de très ouvert, je suis un étranger libre. Je n’aime pas le rapport à l’histoire coloniale. Je n’accepte pas que nous n’ayons pas eu de mémoire, que nous n’ayons pas eu d’histoire. Je veux qu’on restitue aussi à l’Afrique ses capacités, ses âmes qu’on a prises à un certain moment et qu’on valorise aussi notre culture, les mémoires de ceux qui ont écrit des choses et qui ont mis des choses en place.


Yannick ZANGA: Quel est le prochain cap à atteindre ?


Maurice Mboa:Comme tout être humain, j’ai beaucoup de rêves, mais je ne connais pas le rêve qui est absolu pour moi, en fait. Donc, je ne peux pas situer un cap précis. Je pense que ce qui doit être méritant pour moi, c’est ce que la nature va décider pour moi. Le plus important est de faire des expositions, ramener aussi le succès que j’ai de l’autre côté, en Afrique. Aujourd’hui, je souhaiterais que peut-être le gouvernement m’invite, qu’on acquière à titre exclusif mes œuvres et qu’on les retrouve pourquoi pas au Musée national. Je souhaite être cet ambassadeur qui ramène la visibilité à son pays et qui donne encore plus de lumière aux autres artistes qui montrent une certaine force.


Propos recueillis par Yannick ZANGA

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