Cameroun : L'économie camerounaise passée au scanner.

Cameroun : L'économie camerounaise passée au scanner.

Quelques jours après le lancement de l’exécution du Budget de l’année 2021, Philippe NSOA, journaliste économique examine les finances publiques. Suivez plutôt.

FMA : Quel est état des lieux des finances publiques au Cameroun ?

Philippe NSOA : Les finances publiques camerounaises peuvent être appréciées sous le prisme des contraintes du côté des ressources qui expliquent les arbitrages du côté des dépenses entre les urgences, le minimum indispensable, et la priorité de certaines autres rubriques, dans la marge laissée par les charges récurrentes. En 2020, la loi de Finances initiale a adopté un budget de 4 951,7 milliards FCFA, ramené à 4 589,7 milliards de FCFA par la loi de Finances rectificative de juin 2020. Cette baisse est consécutive à la prise en compte d’un ensemble de chocs à la fois internes et externes qui ont entrainé une révision à la baisse des objectifs de mobilisation des recettes internes de 768,65 milliards de FCFA (passant de 3719,2 milliards de FCFA initialement prévue à 2950,54 milliards soit une diminution de 21,2%).

La baisse des recettes budgétaires était liée à la chute brutale des cours du baril de pétrole qui induisait une réduction d’environ 14,3% sur les prévisions initiales en recettes pétrolières ainsi que la baisse des recettes fiscales de près de 587,35 milliards de FCFA, du fait de la fermeture des frontières et du ralentissement de l’activité des entreprises à de la pandémie du corona virus. Le solde budgétaire global s’était ainsi détérioré se situant désormais à 4,5% en 2020 contre 1,5 % initialement.

En même temps, pour respecter ses contrats et crédibiliser sa signature, l’Etat doit à échéance payer sa dette (913,7 milliards), tout comme les salaires (980,3 milliards) et les pensions (222,68 milliards). Ce qui a été le cas en 2020, sauf la dette intérieure. C’est d’ailleurs une condition sine qua none de la réussite du programme d’émissions de titres publics. On peut donc dire que les finances publiques sont sous pression mais la situation reste sous contrôle.

FMA : Quels sont les secteurs qui ont été durement impactés par la covid-19?

Philipe NSOA : Je  crois que les secteurs du Tourisme et des loisirs, des Transports, sont sans doute les plus affectés par cette pandémie au Cameroun. Toutefois, fois, eu égard au contexte, l’évaluation chiffrée et objective de l’impact de la pandémie ne peut s’appuyer que sur des estimations très approximatives et partielles, lorsqu’elles existent, faute de données exhaustives et fiables. Au niveau microéconomique, les premières estimations de l’institut national de la statistique font état de 90% des entreprises qui estiment être négativement impactées par les mesures restrictives prises par le gouvernement avec pour conséquences une baisse de la demande (94%), des difficultés d’approvisionnement intérieur (76%), des difficultés de financement extérieur (72%), baisse de la production (82,6%), baisse du chiffre d’affaire (95,5%), réduction des effectifs (52,8%), etc.

FMA: Que peut la stratégie nationale de Développement (SND) dans le processus de redressement de l’économie à l’heure actuelle?

Philippe NSOA: La  première observation à propos de la SND est le changement de paradigme dans la définition de la politique de développement avec le passage de la théorie de « la grande poussée » à la « transformation structurelle », qui met l’accent sur l’industrialisation. Ainsi, le gouvernement compte opérationnaliser dès cette année 2021 la politique d’import-substitution dans le but du renforcement de l’offre nationale en divers produits de grande consommation. La SND préconise la réduction considérable du volume des importations desdits produits de grande consommation (riz, poisson, blé, maïs, etc.), qui sont source de sortie massive des capitaux et de dépendance alimentaire. Pour se faire, le déploiement de la politique d’import-substitution devrait s’accompagner d’une véritable politique de transformation en profondeur de l’économie, en vue de réduire les importations des produits pour lesquels l’offre locale est abondante ou pour lesquels des substituts sont disponibles au plan national.

FMA: Au regard de la loi de finances de cette année quels devraient être les lévriers qui vont activer l’économie Camerounaise post covid-19 ?

Phillipe NSOA : En plus des dépenses du budget général 2021, le gouvernement a prévu une provision de 100 milliards FCFA au titre du Fonds de Solidarité National pour la lutte contre le Coronavirus et ses répercussions économiques et sociales. Par ailleurs, une dotation additionnelle de 50 milliards a été constituée à travers ce fonds pour I’amorce de la mise en œuvre du Plan de soutien à la production et à la transformation locale des produits de grande consommation en lien avec l’opérationnalisation de la politique d’import-substitution. D’une manière générale, le plan relance économique post Covid-19 se décline en quatre principaux axes en l’occurrence la consolation budgétaire ; la mise en place des dispositifs adaptés et dédiés au financement des entreprises; la dynamisation des filières de croissance et le renforcement de la compétitivité des entreprises. Le gouvernement annonce aussi la mise en place de lignes de financement spécifiques logées dans les banques. Il est question de relèver le plafond des avals et garanties accordées par l’Etat de 40 à 200 milliards de Fcfa en les élargissant aux entreprises privées. Cette décision vise à résoudre le problème de l’accès au financement du haut et du bas du bilan des entreprises.

Plus spécifiquement, la loi de finances de cette année prévoit entre autres des mesures d’allègrement fiscal des entreprises affectées par la crise sanitaire. Il s’agit des mesures telles que la réduction de deux points (de 30% à 28%) du taux de l’impôt sur les bénéfices au profit des petites et moyennes entreprises ; la suppression de la taxe à l’essieu au profit des transporteurs ; l’exonération de l’impôt sur les sociétés au profit du secteur hôtelier ; la réduction de 4% à 3% du taux de la taxe d’abattage des entreprises forestières ; des exonérations de TVA des intrants et équipements agricoles, etc.

FMA: Y-a-t-il rationalité entre les recettes et les dépenses envisagées pour l’année budgétaire en cours!? Que faut-il faire?

Philippe NSOA :  A priori, il y a une cohérence entre les recettes et des dépenses budgétaires 2021. Du reste, les données présentées par le gouvernement sont dans la fourchette arrêtée dans le « Document de Programmation Economique et Budgétaire à Moyen Terme ». Les contraintes sont identifiées : Covid-19, reconstruction des régions sinistrées, mise en place des régions, lancement de la couverture santé universelle, préparation de la CAN, veille sécuritaire, etc. Au demeurant, le gouvernement garde le cap de l’émergence planifiée à l’horizon 2035…

Entretien réalisé par Thierry EDJEGUE

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