Dette Publique : Le Cameroun sur la voie d’un autre surendettement

Dette Publique : Le Cameroun sur la voie d’un autre surendettement

L’encours de la dette publique du leader économique de la sous-région ne fait que s’accumuler et est sur le point d’atteindre bientôt le seuil de récession.

Alors que de nombreux responsables de la gestion des fonds publics se gargarisent lors de leurs différentes prises de parole publique, sur le niveau encore soutenable de la dette du Cameroun, estimé à environ 50% en valeur relative du produit intérieur brut (PIB) soit, de façon absolue à plus de 10 000 milliards FCFA. Selon la note des finances publiques pour le 4ème trimestre 2020 des pays de la CEMAC « L’encours de la dette publique se serait accru de plus de 100 milliards en un trimestre pour se situer à 10291 milliards de FCFA ». Au regard de ces chiffres, quelques inquiétudes se font ressentir depuis quelques années au sein de l’instance financière de breton wood. Le fonds monétaire International qui, malgré, un emprunt d’environ 400 milliards de FCFA, accordé au Cameroun sur la période 2017- 2020 dans le cadre d’une facilité élargie de crédit, émet tout de même des craintes sur l’avancée exponentielle de dette publique du pays.

L’inefficacité de l’utilisation de la dette

S’il est clair avec Louis Paul MOTAZE, que le niveau de la dette reste conforme au seuil de convergence communautaire, évalué à 70% du Pib. Celui- ci étant même bien en deçà de ceux des pays développés tels que le japon, pays le plus endetté au monde avec plus 230% de son Pib ou l’Allemagne avec plus de 65% de son PIB, la France plus de 100%. Tout à côté pour ce qui est des pays de la CEMAC à l’instar du voisin limitrophe à la frontière Sud, le Gabon dont la dette publique avoisine les 58% du Pib, la Guinée Equatoriale avec environ 55%, des indices insuffisants qui ne convainc pas les experts et laissent entrevoir la déroute du Cameroun car la qualité de sa dette publique est, dans bien des cas, utilisée pour appuyer des projets quelques improductifs.

équipe accompagnatrice de Paul MOTAZE à Paris

Or au lendemain de l’atteinte de l’initiative Pays Pauvre très Endettés en 2006, les camerounais auguraient des changements significatifs sur la stratégie globale des projets qui devaient booster le développement du pays. Et beaucoup sont ceux qui avaient vu dans le fameux Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi (DSCE), un moyen efficace pour relever la croissance estimée en son temps (2009 dans le document vision 2035 conçu par le MINEPAT), en moyenne à 5,5% entre 2010 et 2020. Un résultat mitigé aujourd’hui, suite à cette accumulation de dettes improductives pour financer des projets structurants sur la base d’emprunts à court terme, insuffisants et incapables d’assurer le remboursement de l’investissement aux différents bailleurs de fond tant bilatéraux que multilatéraux.

Conséquence l’arrêt quasi prévisible de nombreux chantiers censés pourtant accompagner cette marche vers l’émergence prévue en 2035, comme les barrages hydroélectriques, principaux moteurs d’une industrialisation future qui ne sont toujours pas sortis de terre. Les deux barrages de MEKIN et de Memve’le qui devaient substantiellement produire un cumul d’environ 200 mégas watt ne font plus l’objet d’aucune grammaire de la part des instances décisionnaires. Lom Pangar, seule infrastructure à avoir livré copie à due échéance lors de sa construction ne parviens pas à mettre à la disposition de la centaine de villages environnants de l’Energie électrique pour réduire la misère ambiante contenue dans ces coins devenus étranges pour le camerounais d’en haut, ceci malgré l’usine de pied de 30MW. Rien qui ne laisse entrevoir des lendemains prometteurs quant à la réhabilitation par la même entreprise EDC (Electrictricy Development Corporation) des barrages historiques mais surtout en ruines de Songloulou et de Lagdo. Et que dire des chantiers routiers qui ont englouti depuis une demi décennie des milliers de milliards de FCFA, du budget annuel de l’Etat, et partant, du contribuable camerounais sans que ceux-ci ne soient visibles aux yeux du citadin et moins encore de celui des zones rurales, tous condamnés chacun à sa manière à payer la lourde tribu de ces endettements. Des emprunts qui au fil que les sessions budgétaires se succèdent font subir aux populations cette augmentation de l’enveloppe de l’Etat par le biais d’un élargissement de l’assiette fiscale. Recettes dont il faut rappeler que les 70% sont consacrés le plus souvent à la mangeoire de nombreux agents cloitrés goulument sur leurs fauteuils administratifs. 

Les prémices d’un retour à la crise

La décennie 90 a été particulièrement difficile pour des millions de camerounais avec la baisse significative des salaires de 30% à la veille de la dévaluation en 1993 et 50% de la rémunération restante en pleine dévaluation.

Quelques signes précurseurs de ce retour à une crise sont à nouveau perceptibles au Cameroun. Selon de nombreux experts ceux-ci estiment que les tendances sont au rouge avec sur le plan  externe, une économie extraverties, dépendante de quelques produits d’exportation (cacao, café, coton, banane) victimes aujourd’hui de la chute des cours sur le marché international tout comme le pétrole qui depuis 2014, a connu une baisse sans précédent de ses prix, réduisant de façon notable les recettes de l’Etat, avec pour corolaire des déficits chroniques de la balance commerciale au cours des années. Sur le plan interne : l’absence de compétitivité des entreprises locales, incapables de mettre l’accent sur de véritables pôles de croissance auquel on peut combiner un environnement commercial et industriel rigides et bien des fois malsaines marqué par des taux d’imposition drastiques.

Eurobond

Des éléments illustratifs de la réalité économique du Cameroun qui, avec, l’augmentation des taux d’intérêts à l’international relatif au risque-pays qu’il représente aujourd’hui. Des tares exprimées subrepticement par les financiers internationaux lors du lancement en 2015, d’un emprunt sous la forme d’Eurobonds pour plus de 750 milliards de FCFA à 10%, alors que certains Etats bénéficiaient pour des montants inférieurs, des taux plus attrayants du fait de leur niveau de risque peu élevé. Des indicateurs plus alarmants avec le rachat récent de cet Eurobond de 2015 dont les résultats décevants quant à son utilisation affichent à suffisance que le Cameroun suit petit à petit, la spirale sans fin d’un « cercle vicieux ». Une dynamique Nursienne impossible à contourner selon les précurseurs de la théorie du surendettement du Cameroun. Des difficultés qui exposent le Cameroun à une nouvelle crise où le pays risquerait d’attendre de nombreuses décennies avant de connaitre à nouveau des moments d’embellies socio-économiques.    

Brice NGOLZOK

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