La Déclaration de Yaoundé 2026, adoptée lors de la deuxième Conférence sur le Bassin du Congo, pose les bases d’une transformation profonde des systèmes alimentaires de la région par l’agroécologie. Dans un contexte marqué par la perte continue de couverture forestière et une dépendance élevée aux importations, le texte appelle à une intégration explicite de l’agroécologie dans les cadres régionaux et nationaux, et à la mise en place de mécanismes financiers adaptés pour soutenir cette transition.
Le document insiste sur une gouvernance régionale renforcée et sur la nécessité de consacrer des ressources publiques et privées à l’agroécologie. Il préconise, entre autres, que les plans nationaux et régionaux d’investissement dans l’agriculture et les systèmes alimentaires intègrent des objectifs, des indicateurs et des lignes budgétaires explicitement dédiés à l’agroécologie, avec au moins 30 pour cent des allocations dédiées à ce secteur. En ce sens, la Déclaration propose la création d’un mécanisme régional de financement dédié à l’agroécologie, directement accessible aux organisations paysannes et aux communautés, accompagné d’un fonds de garantie et d’associations villageoises d’épargne et de crédit.

Les promoteurs de l’initiative insistent aussi sur la nécessité d’un financement plus stable et plurianuel, plutôt que des projets ponctuels. Ils demandent l’ouverture de guichets d’accès simplifiés auprès des principaux fonds climatiques et du secteur biodiversité et exigent que, d’ici 2027, l’agroécologie soit inscrite dans les contributions déterminées au niveau national, les plans nationaux d’adaptation et les programmes de restauration. Dans ce cadre, des outils comme les services de conseil agricole, l’accès à des intrants biologiques et à des biofertilisants produits localement, ainsi que le soutien au développement des marchés territoriaux et des achats publics locaux, sont présentés comme des leviers essentiels pour passer du pilote à l’échelle nationale.
La Déclaration appelle aussi à l’harmonisation des cadres régionaux et à l’établissement de canaux permanents de dialogue avec les blocs régionaux voisins (EAC, CEDEAO, SADC, COMESA, etc.) pour traiter des moteurs de déforestation et des mouvements transfrontaliers qui impactent le Bassin du Congo. Elle affirme que l’agroécologie est une voie pour la souveraineté alimentaire, la résilience écologique et la justice climatique, et souligne l’importance d’impliquer pleinement les femmes, les jeunes et les communautés locales dans la conduite de la transition. Enfin, elle invite les États et les partenaires à soutenir une feuille de route régionale d’action, afin que les engagements de la COBCAI soient traduits en résultats mesurables et vérifiables.
En somme, Yaoundé 2026 marque une volonté claire: mettre l’agroécologie au cœur des systèmes alimentaires africains du Bassin du Congo, avec des financements pérennes, des cadres de gouvernance partagée et une éthique de droit et de justice pour les communautés qui cultivent et nourrissent la région.