Dans le sillage de la Déclaration de Yaoundé 2026, les acteurs de la société civile et des peuples autochtones insistent sur un pivot fondamental: l’agroécologie ne peut réussir sans une reconnaissance claire et effective des droits communautaires sur les terres et les territoires, et sans une participation étroite des femmes et des jeunes dans les processus décisionnels.
Le texte affirme le besoin de sécuriser les droits communautaires et coutumiers sur les terres, les forêts et les territoires, et d’intégrer le micro-zonage communautaire dans l’aménagement officiel du territoire. L’objectif est d’éviter les expulsions et les mécanismes de conservation qui ont, selon les délégués, parfois bafoué les droits des populations locales. Le document appelle à l’octroi de concessions de forêts communautaires et à l’application sans exception du consentement libre, préalable et éclairé dans les projets de conservation, d’exploitation et d’infrastructures. Cette orientation est présentée non seulement comme une exigence éthique, mais aussi comme une condition nécessaire à la durabilité des pratiques agroécologiques.
Sur le plan social, la Déclaration met l’accent sur la souveraineté alimentaire comme droit collectif et sur l’importance de préserver les savoirs traditionnels, tout en veillant à leur co-construction avec la science moderne et le consentement des détenteurs. Le texte insiste particulièrement sur l’intégration des femmes et des jeunes dans les organes de décision, avec l’objectif affiché que la moitié des postes de direction dans les organisations paysannes et les réseaux communautaires soient occupés par ces groupes, afin de mieux refléter les dynamiques locales et de renforcer la résilience des systèmes alimentaires.

La campagne « Mon alimentation est africaine » est présentée comme un vecteur clé pour changer les pratiques et les chaînes de valeur, en promouvant des semences paysannes et des circuits courts. Le document dénonce les pratiques de conservation forteresse et appelle à un cadre favorisant la conservation et l’échange des semences paysannes, tout en protégeant les droits des communautés à maintenir leurs systèmes agricoles et leurs langues vernaculaires dans les documents et les communications liées à l’agroécologie.
En plus des questions foncières et de droits, la Déclaration insiste sur la nécessité de financer les systèmes agroécologiques à travers des mécanismes régionaux et nationaux, et de renforcer les capacités des organisations locales pour qu’elles restent maîtresses de leur transition. Elle appelle à ce que des plateformes nationales multi-acteurs soient instituées dans chacun des six pays et à ce que ces plateformes soient connectées à une coordination régionale, afin d’assurer transparence, reddition de comptes et partage des données et des outils.
Enfin, la Déclaration rappelle que l’objectif du Bassin du Congo est de nourrir le Bassin et, à travers lui, l’Afrique, en plaçant les droits fondamentaux des communautés et la justice sociale au même rang que les objectifs de productivité et de conservation environnementale. Dans cet esprit, les porte-voix des communautés demandent la pleine intégration de ces principes dans les cadres politiques nationaux et régionaux, et la traduction concrète des engagements en actions qui bénéficient directement à ceux qui vivent et travaillent dans les territoires.
En résumé, le texte de Yaoundé 2026 place les droits fonciers, l’autodétermination des communautés, et l’égalité de participation comme fondements essentiels d’une agroécologie qui transforme non seulement les paysages mais aussi les vies humaines dans le Bassin du Congo.