Deux rassemblements. Le 30 janvier et le 07 février 2025. Des milliers de personnes manifestent à Kourbi/Guidiguis dans le Mayo-Kani pour demander l’annulation du décret 2020/0003 du Premier Ministre qui avait créé le parc national de Ma Mbed Mbed. Même Greenpeace s’en mêle curieusement pour prendre le côté des populations qui ne veulent pas que ce couloir de passage des élephants devienne une aire protégée.
Plus au Sud, dans le Littoral, certaines ONG et OSC (Organisations de la Société Civile) dites de défense de l’environnement avec des affiliations évidentes au niveau international se battent pour la création d’un parc national à Ebo dans le Nkam et la Sanaga Maritime en contestant bruillamment le décret de classement du Chef du Gouvernement et les décisions subséquentes du ministre des Forêts et de la Faune.
Si dans le Mayo Kani hommes et élephants se marchent dessus avec des clash annuels dramatiques, ici, les faits sont bien différents: on semble procèder au recrutement forcé des des groupes contradictoires aux décisions gouvernementales, remettant ainsi à jour l’éternel face à face entre le Ministre des Forêts du Cameroun et les ONG.
Le jeu
Le décor est bien connu de ceux qui suivent l’actualité dans ce secteur. La forêt d’Ebo n’y échappe pas. ONG et OSC mettent plus en doute la violation des procédures d’attribution de deux unités forestières d’aménagement de plus de 130 000 ha et la nécessité de préserver l’environnement en l’état. Il y est décrit les menaces sur les grands arbres millénaires et le drame des primates.
En face le gouvernement y oppose les impératifs de développement. D’ailleurs Il brandit les chiffres et réalisations:
Sur les engagements sociaux, le ministère indique que les royalties fixées à 1 000 FCFA par mètre cube de bois évacué ont donné lieu à des reversements annoncés de 34 172 046 FCFA, soit un taux de paiement de 94,3 %, et de 105 % pour l’UFA 07 006.
Il cite également plusieurs réalisations : 17 kilomètres de route entre Issondjé et Njom, 113 kilomètres de routes ouvertes, le démarrage annoncé de la « route ancestrale », des kits solaires à Saha, un stade à Ndogbayembi 1, un hangar communautaire à Ndogbong, le recrutement de jeunes des villages ainsi que sans le paiement de la redevance forestière annuelle. Un représentant des populations Banen fait le constat: « Greenpeace et le CED n’ont jamais construit un pont ici. Ils ne se préoccupent que du sort des annimaux ».
Enjeux
La forêt d’Ebo est un autre chapitre de l’éternelle scène qui se joue entre les autorités Camerounaises et certaines ONG nationales et internationales sur les questions environnementales. Si ces dernières par une critique pas toujours vertueuse marquent leur présence au Cameroun par la séduction de leurs partenaires, le Gouvernement affirme sa volonté de vouloir poser les bases de développement des localités ciblées. Au décompte, la Redevance Forestière annuelle versée aux communes et communautés riveraines depuis 2000 a généré plus de 300 milliards de FCFA. L’impact de cette manne financière sur le quotidien des populations est un autre débat.
Il y a ici un affrontement de deux logiques qu’occulte souvent la critique émotionnelle souvent partisanne.
Un autre sujet qui ne se pose pas beaucoup, le positionnement des Aires protegées dans le développement du Cameroun. L’orpaillage clandestin très prégnant aujourd’hui dans la région de l’Est est une vieille question existentielle pour les Aires protegées du septentrion toujours soulevée par le Minfof au même titre que la transhumance des bovins.
L’Etat du Cameroun serait moins vulnérable à la critique avec un schéma directeur sur l’occupation des sols où serait identifiées les terres agricoles, celles affectées à la conservation et aux autres activités anthropiques. Car, qui pourrait croire que, évaluation faite, l’exploitation forestière qui ne fait que du prélèvement et soumet l’exploitant forestier aux études d’impact diverses est un évènement majeur de déforestation de moindre importance que l’agro-industrie et l’exploitation minière? Elle catalyse pourtant l’essentiel des critiques.
Arlette Minkreo
