Paul Biya, l’homme fort

Paul Biya, l’homme fort

Par Georges Alain Boyomo

Entre lueurs d’espérance saupoudrées au peuple et velléités de grandeur au crépuscule de son magistère, le chef de l’État, Paul Biya, a encore réussi, avec habileté manœuvrière, à endosser le costume du cardinal Mazarin. Le « bréviaire des politiciens » de l’homme d’église, puis politique français (lui-même influencé par le philosophe italien, Nicolas Machiavel), qui serait le livre de chevet du président de la République, semble avoir inspiré le projet de révision constitutionnelle adopté samedi, au bout d’un marathon parlementaire.

Dans l’art de la simulation et la dissimulation, difficile de faire mieux. En effet, à travers ce texte, le chef de l’État donne le sentiment d’ouvrir sa succession tout en la verrouillant. Tout en s’affirmant comme le « monarque républicain », expression chère à Maurice Duverger, faisant allusion à l’extrême concentration des pouvoirs entre les seules mains du président sous la Ve République française.

Tenez ! Paul Biya « peut » nommer un vice-président et « peut » mettre fin à ses fonctions. Autrement dit, rien ne l’y oblige, d’un. De deux, il s’agit d’un fauteuil éjectable, d’une fonction révocable, comme celle de ministre ou de directeur général d’une société d’État.
Tertio : le président de la République peut déléguer certains de ses pouvoirs au vice-président, au même titre qu’il peut le faire au Premier ministre ou à des membres du gouvernement.
Quant à ceux qui caressaient le rêve d’un binôme présidentiel élu, ils sont invités à repasser.

Le texte en attente de promulgation confirme également la tendance à la méfiance systématique et l’art du contre-pied qui caractérisent le chef de l’État. « Méfiez-vous de tout le monde. Considérez les amis d’aujourd’hui comme de futurs ennemis », conseille le cardinal Mazarin.

Le vice-président (dont les contours opérationnels de la fonction pourraient davantage se dessiner dans un projet de loi à soumettre aux parlementaires) ne sera donc pas automatiquement issu d’une aire socio-linguistique, comme le prédisaient des oracles du sérail. Les cartes sont dès lors rebattues pour les ressortissants anglophones, nostalgiques ou héritiers de la séquence fédérale de l’État.

Si elle vise à ne pas enfermer le dauphinat dans une camisole politico-historique, cette précaution calculée pourrait opportunément interroger ou conforter la détermination, visiblement inoxydable, de certains clans apparentés à Paul Biya ou à quelque proche, à contrôler sa « succession ». Pour sûr, les batailles vont s’intensifier et s’envenimer, pour être calife à la place du calife. Jusqu’au money time.
La nouvelle réforme constitutionnelle, qui intervient après celle, tumultueuse, du 14 avril 2008, a également vocation à envoyer un signal explicite aux partenaires internationaux du Cameroun, qui n’ont de cesse de s’inquiéter des risques de déchirements successoraux et leurs possibles corollaires après Paul Biya.

Comme l’a théorisé le cardinal Mazarin, « il ne faut pas s’opposer frontalement aux puissants ». Le chef de l’État l’a saisi et ménage sa monture, dans un monde où le rapport de forces et les péripéties de l’actualité récente inclinent, plus que jamais, à la prudence et au pragmatisme.

Au demeurant, cette nouvelle modification de la Constitution consacre la ruse stratégique et l’ouverture-fermée du président de la République, qui, lui, a pourtant bénéficié de la courte échelle de son « illustre prédécesseur », au moins dès la révision constitutionnelle du 29 juin 1979.

L’homme fort ou providentiel qu’il tient à demeurer n’entend nullement faire la part belle à des institutions fortes. Aussi s’applique-t-il, à chaque occasion, à pousser, avec une précision d’orfèvre, ses pions sur l’échiquier politique, en le complexifiant, afin de rester le seul et unique maître du jeu et des horloges. Jusqu’à quand ?

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