Focus Média Afrique

Rabaawah, au cœur de l’éducation, de la santé intime et de l’émancipation féminine

La première édition du festival MES MENSTRUES LIBRES a révélé au grand public une jeune association du Grand Nord Cameroun : Rabaawah. Engagée dans la préservation de la dignité féminine et la lutte contre les tabous liés à l’hygiène menstruelle, elle s’impose comme un acteur incontournable sur le terrain. Nous avons rencontré Souleymanou Moussa, responsable du pôle Santé et Bien-être de l’association. Suivez Plutôt:

Focus media Afrique: Salut Souleymanou Moussa et merci de repondre à nos questions

Souleymanou Moussa: Salut et merci pour l’intérêt que vous accorder à notre travail

Focus media Afrique:Quelle est la genèse de votre association?

Souleymanou Moussa :Rabaawah est née d’un constat simple mais profond : trop de jeunes filles et de femmes possèdent du talent, de l’intelligence et des rêves, mais manquent souvent d’opportunités, d’accompagnement ou simplement de quelqu’un qui croit en elles.

Au fil des années, à travers nos expériences personnelles, professionnelles et associatives, nous avons été témoins de nombreuses situations où un manque de soutien, d’information ou de confiance en soi limitait le potentiel de personnes pourtant capables d’accomplir de grandes choses. Nous avons également constaté que derrière chaque réussite se trouve souvent une main tendue, un conseil, une opportunité ou une personne qui a su encourager au bon moment.

C’est de cette conviction qu’est née Rabaawah. Son nom, qui évoque le partage, traduit la volonté de créer un cadre où chacun peut trouver l’accompagnement nécessaire pour révéler son potentiel et construire son avenir avec confiance.

Dès le départ, l’ambition n’était pas seulement de mettre en œuvre des activités ou des projets, mais de bâtir une communauté d’engagement, d’entraide et d’espérance. Une communauté capable d’accompagner les jeunes filles dans leur parcours éducatif, de soutenir les femmes dans leur autonomisation et de mobiliser les hommes comme partenaires du changement.

Rabaawah est ainsi née de la rencontre entre une vision et une responsabilité : celle de ne pas rester spectateurs face aux difficultés que rencontrent de nombreuses personnes, mais de contribuer, à notre échelle, à créer des opportunités, à renforcer les capacités et à redonner confiance.

Depuis sa création, l’organisation poursuit cette mission avec la même conviction : chaque vie transformée, chaque jeune fille accompagnée, chaque femme soutenue et chaque rêve encouragé constitue une victoire collective et une raison supplémentaire de continuer à agir

Focus media Afrique:Quels sont les champs d’action de votre association?

Souleymanou Moussa :Rabaawah, présidée par madame Asmaou Karim, est une organisation qui a pris sur elle, le courage d’embrasser des axes d’intervention aussi sensibles qu’actuels : éducation, santé et bien-être, citoyenneté et autonomisation des femmes. Pour chaque pôle suscité, des programmes spécifiques ont été développés pour répondre efficacement aux besoins des couches sociales vulnérables. Sans prétention d’être exhaustif, l’on peut mentionner le programme  « Ma santé menstruelle », déployé à travers trois départements de l’Extrême-Nord ; et dont la deuxième phase vient d’être récemment lancée dans la région de l’Est, en janvier dernier. « Capucines »,  » Maraichères et fières », « Parrainage scolaire » ainsi que le projet d’établissement des actes de naissance aux enfants scolarisés qui n’en possèdent pas, sont tout aussi des programmes dignes d’intérêt, qui ont enregistré un succès éloquent sur le terrain.


Focus media Afrique: êtes partie prenante à la première édition du festival MES MENSTRUES LIBRES, en quoi consiste votre présence? Qu’est-ce que vous exposez?


Souleymanou Moussa : C’est une première au Cameroun, qu’un festival à l’échelle nationale soit dédié non pas à la santé de reproduction en général, mais spécifiquement à l’hygiène menstruelle.
Pour Rabaawah, qui est l’une des rares organisations qui aborde ces questions dans la partie septentrionale du pays, sa présence à l’institut français du Cameroun pour ce festival consiste non seulement à partager notre expérience du terrain autour de cette question presque tabou, mais également constituer une synergie d’action avec les organisations de la société civile présentes, afin d’adresser un plaidoyer fort aux décideurs publics, partenaires privés ainsi que les organisations humanitaires nationales et internationales. Touchant sept filles sur dix (7/10), nous pensons que la question d’hygiène menstruelle mérite une attention plus importante à l’échelle nationale.
Sur les produits exposés, nous l’avons souligné plus haut, Rabaawah touche essentiellement des couches vulnérables, en situation de précarité (déplacés, refugiés, jeunes écolières ect). A cet effet, notre stand d’exposition présente concrètement, le package de protection que nous distribuons gratuitement aux participantes lors de nos différentes descentes sur le terrain : les serviettes hygiéniques lavables. Pour notre cible, c’est une solution à la fois confortable, respectueuse de l’environnement et surtout économique. Réutilisables pendant 2 à 3 ans, elles constituent une alternative sérieuse pour celles qui ne peuvent s’offrir les kits menstruels habituels, à la fin de chaque mois. Celles-ci sont accompagnées d’un bracelet et d’un calendrier menstruel dont l’usage est expliqué lors de chaque causerie éducative.
Une de vos trouvailles, ce sont les serviettes hygiéniques lavables. Comment se passe la confection?
Quant à confection de ces serviettes hygiéniques lavables, c’est le lieu pour nous de saluer l’intérêt grandissant des producteurs locaux, y compris les professionnels de la santé. Rabaawah par exemple a fait le choix des produits d’Afitex, production locale portée par un médecin, garantissant des serviettes de qualité approuvée. D’ailleurs, les matières utilisées pour la fabrication de ces serviettes sont également locales et ne possèdent aucun produit chimique, d’où notre intérêt.


Focus media Afrique:Les questions d’hygiène menstruelle et de la santé intime des femmes sont un sujet tabou dans le grand Nord. Comment procédez-vous pour briser les barrières ? Et quelles sont les difficultés rencontrées par votre association?


Souleymanou Moussa : Dans le grand nord comme partout ailleurs au Cameroun, le constat est le même. Il n’est pas aisé d’aborder les thématiques liées à la santé sexuelle et reproductive en général. Çà et là, l’on rencontre des barrières culturelles, alimentées par une sensibilisation insuffisante, l’incompréhension et la désinformation. Nos sociétés ont érigé ces sujets en tabou, des sujets pas dignes d’exposition. Ce qui pousse malheureusement des milliers de femmes et filles à subir en silence, sans oser poser la moindre question. Parfois les parents eux-mêmes n’en savent pas grande chose. Ce pourquoi, la sensibilisation de proximité, en communauté et lors de nos réunions de plaidoyer, reste notre meilleure méthode pour l’instant; bien que nos moyens d’actions restent extrêmement limités au regard des enjeux de cette question, qui touche une bonne partie de la population. Un accompagnement de l’Etat ou des acteurs privés à cet effet, serait pour Rabaawah une opportunité d’étendre son champ d’action et de toucher plus de personnes.


Focus media Afrique:Recevez-vous des menaces?


Souleymanou Moussa : Des menaces? Mais non! Rabaawah n’est pas une organisation activiste. Rien ne justifie que l’on reçoive des menaces de quelle que manière que ce soit. Sinon le fait de montrer comment maitriser son cycle menstruel pour ne pas être surprise par ses règles en pleine salle de classe ou en pleine marché? Le fait de montrer comment faire sa toilette intime pour éviter les infections? Le fait de lui donner l’occasion de poser ses questions dont elle a honte de poser à ses parents? Ou bien le fait de leur remettre gratuitement des serviettes hygiéniques lavables? Donc, constatez avec moi que nous n’avons aucune activité visant à heurter les sensibilités culturelles, morales et religieuses de nos sociétés. Ce qui intéresse les leaders et nos participantes, c’est notre démarche à lever le tabou, à briser les barrières de communications intimes entre parents et enfants. L’enjeu étant de maintenir cette communication dans la détente, entre eux, même après notre passage. Et dans ce sens, les communautés sont réceptives et sont toujours ravies de nous avoir chez eux.


Focus media Afrique:Quel regard les autorités religieuses et traditionnelles jettent sur les combats de votre association?


Notre communication adopte une approche qui implique en amont les autorités traditionnelles et religieuses. Soulignons dans ce sens que toutes nos causeries en communautés se déroulent au sein des chefferies traditionnelles. Parfois ils en assurent eux-mêmes la mobilisation. C’est dire le degré élevé de collaboration et de facilitation que nous bénéficions de la part de ces derniers, que nous ne voulons manquer de remercier au passage.


Focus media Afrique:Un dernier mot autour de la question de l’hygiène menstruelle


Souleymanou Moussa : Notre dernier mot un appel, un cri à l’égard des parents, des décideurs. Nous les encourageons à accentuer le dialogue avec leurs enfants filles, sur les questions d’hygiène menstruelle. Ne les prenons pas comme des sujets honteux, pour laisser vos enfants, nos sœurs et épouses, d’aller s’informer dans la rue ou sur les réseaux sociaux. Ce qui pourrait avoir des conséquences graves sur leur santé. Quant à Rabaawah, nous continuerons à impacter le grand nombre, malgré des moyens bien limités.
Notre espoir?
Une synergie d’action, un engagement plus décisif des pouvoirs publics, un accompagnement conséquent des acteurs privés, pour construire des communautés plus justes, plus saines

Quitter la version mobile