QUAND LA RÉPUBLIQUE ABANDONNE SES ENFANTS

QUAND LA RÉPUBLIQUE ABANDONNE SES ENFANTS

Un enfant violé, c’est une nation qui se suicide en silence. Et quand ça devient banal , ce n’est plus un fait divers. C’est un aveu d’échec. Un aveu collectif.

Nous avons échoué. Le mot est dur, mais il est exact. Une République qui se réclame d’ »unité, paix, justice » et qui ne parvient même pas à garantir à ses enfants le droit le plus élémentaire, celui d’être en sécurité dans leur propre corps, cette République est fissurée de l’intérieur. Les fissures ne sont plus des fêlures. Ce sont des brèches par lesquelles s’engouffrent la honte, l’impunité et le désespoir.

L’échec de la protection

Protéger l’enfant devrait être le premier réflexe d’un État. Pas une option, pas un slogan. Or aujourd’hui, l’école censée instruire devient parfois un piège. La famille censée abriter devient parfois une prison. La rue censée socialiser devient parfois un prédateur. Entre les lois qui existent sur papier et leur application sur le terrain, il y a un gouffre. Des procédures lentes, des juges débordés, des dossiers classés sans suite, des familles qui se taisent par peur, par pauvreté, par honte. Le système ne protège pas. Il décourage.

L’échec de l’unité

On parle d’unité nationale pendant que des enfants sont brisés en silence, de Yaoundé à Maroua, de Douala à Bertoua. Quelle unité peut tenir quand le plus faible n’est pas défendu ? Une nation unie ne laisse pas ses enfants devenir des statistiques. Elle ne négocie pas avec l’horreur. Elle la traque, la nomme, la sanctionne. Tant que le viol d’un enfant pourra être étouffé par un arrangement, par une enveloppe, par un silence complice, notre « unité » ne sera qu’un mot peint sur des murs fissurés.

L’échec de la conscience collective

Le plus grave n’est pas seulement le crime. C’est la banalisation. C’est ce regard qui se détourne. Cette phrase qui tue : « Ça arrive partout ». Non. Ça n’arrive pas partout avec la même indifférence. Une société qui s’habitue à l’irréparable est une société déjà morte. Nos enfants ne sont pas des dommages collatéraux de la pauvreté, de la crise, du laxisme. Ils sont le miroir de ce que nous sommes. Et ce miroir renvoie aujourd’hui une image insoutenable.

Alors que faut-il ?

Il faut cesser de réagir par émotion après chaque drame médiatisé. Il faut des tribunaux spécialisés, des délais de jugement réduits à quelques semaines, des peines incompressible et réellement appliquées. Il faut des policiers formés, des médecins légistes disponibles, des centres d’écoute dans chaque région. Il faut éduquer dès le primaire au respect du corps, au consentement, à la dénonciation. Il faut financer la protection, pas seulement les discours.

Mais surtout, il faut du courage politique. Le courage de reconnaître que le système actuel ne suffit pas. Le courage d’assumer que protéger un enfant coûte moins cher que réparer une génération détruite. Le courage de dire que l’impunité est une complicité.

Un pays qui ne protège pas ses enfants n’a pas d’avenir. Il n’a que son passé qui le rattrape.

Certains enfants ont eu un an de plus aujourd’hui. D’autres n’auront pas cette chance d’avancer, de se relever, de rêver. Tant que ce sera vrai, aucune République ne pourra se regarder dans une glace sans rougir.

Ce texte est un cri. Pas pour accuser seulement, mais pour réveiller. Parce que tant qu’un seul enfant pleure dans l’ombre, toute la nation doit perdre le sommeil.

Texte et credit photo Christian ESSIMI

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