30 ans de « MUTATIONS » : Un anniversaire pour revisiter la mémoire de la presse camerounaise

30 ans de « MUTATIONS » : Un anniversaire pour revisiter la mémoire de la presse camerounaise

La conférence de presse du 1er juillet, marquant le lancement officiel des activités de célébration des 30 ans du quotidien MUTATIONS, a réuni anciens pionniers, journalistes en activité et membres de la direction. Tous ont dressé le bilan d’un titre qui a choisi de tenir sans compromission ni complaisance, dans un environnement médiatique souvent hostile et financièrement fragile.

« La vie est une course de relais », a affirmé l’actuel directeur de publication, en poste depuis neuf ans, s’inspirant du livre de l’Ecclésiaste : « Il y a un temps pour toute chose ». Pour lui, le moment est à la joie et aux réjouissances, mais aussi à la réflexion sur les défis des années à venir. Il s’interroge sur la capacité de ses successeurs à comprendre les enjeux qui ont permis à MUTATIONS de résister sans lobby, sans instruction et sans reniement. Trente ans après sa naissance, le journal revendique un bilan simple et exigeant : avoir sanctuarisé le journalisme. Le défi désormais est de transmettre cet esprit intact jusqu’aux 60 ans du titre.

Né dans un modeste réduit de la célèbre place du Parc Répiquet à Yaoundé, MUTATIONS est devenu un patrimoine commun de la presse camerounaise, porté par l’audace de ses fondateurs et le travail discret de centaines de journalistes, secrétaires de rédaction, iconographes, commerciaux et autres collaborateurs. Une pensée appuyée a été adressée à ceux qui ont bâti cette œuvre collective, notamment Moïse Alphonse Soh, ainsi qu’aux fondateurs Maurice Kamto, Protais Ayangma et Fabien Nkot, à qui l’on doit le nom « Mutations ». « Fixer un nouveau cap et redonner espoir » : tel est le fil conducteur de cette célébration, qui conjugue fidélité à l’héritage et lucidité face aux turbulences actuelles de l’écosystème médiatique.

Le journal à capitaux privés continue de vivre et de résister dans le temps. Pour cela, il a choisi la mémoire comme boussole pour regarder l’avenir. L’innovation éditoriale fut immédiate et structurelle : MUTATIONS a ouvert dès ses débuts des rubriques Culture et Santé-Environnement, un positionnement inédit à l’époque. Selon Alain Blaise Batongue, « le nom du journal est né d’un blocage qui a duré des mois ». C’est finalement l’enseignant Fabien Nkot, de l’Université de Ngaoundéré, qui propose « Mutation ». La rédaction tranche : « Mutation… mais avec S », pour signifier l’ambition d’accompagner et de témoigner des mutations politiques, culturelles, sociétales et sportives du Cameroun.

Trente ans plus tard, Georges Alain Boyomo ramène le débat à l’essentiel : la signature du journaliste. Pour lui, cette signature est la carte de presse morale du reporter, la crédibilité même de l’organe. « À l’instar de la virginité, elle ne se récupère pas une fois perdue », rappelle-t-il. Signer à MUTATIONS relevait autrefois du triathlon tant l’exigence était forte, et le défi demeure intact. Le journal n’a jamais changé de costume au gré des vents financiers, ni cédé à la tentation de se prostituer. Cette constance constitue son héritage. Boyomo enjoint les jeunes reporters à comprendre que leur signature ouvre ou ferme des portes, qu’elle garantit un avenir radieux ou l’inverse, et que tout commence par le travail.

MUTATIONS s’est doté d’une nouvelle identité visuelle, avec un logo repensé lors des 20 ans, afin d’épouser l’envergure actuelle du journal. La direction écarte tout retour au premier logo de 1996, hérité du projet initial baptisé Libération, et assume pleinement l’évolution graphique du titre.

Véritable laboratoire de talents et « centre de formation » de journalistes, MUTATIONS a vu passer nombre de professionnels qui constituent aujourd’hui l’épine dorsale de la CRTV et de Cameroon Tribune. Pour rester leader dans la presse écrite, Georges Alain Boyomo et son équipe comptent profiter de cette célébration pour poser le jalon de la future Mutations Académie, destinée à transmettre l’esprit de la maison aux jeunes générations.

Le programme des festivités illustre cette volonté de conjuguer mémoire et avenir :

  • 5 juillet : marche sportive
  • 6 juillet : journée portes ouvertes au siège de Mvog-Ada, avec un hommage aux disparus
  • 7 juillet : atelier d’écriture et conférence-débat sur l’avenir de la presse écrite camerounaise, réunissant Alain Blaise Batongue, les professeurs Emmanuel Mbede, Viviane Ondoua Biwolé et Baba Wamé, sous la modération de Carole Yemelong
  • 8 juillet : soirée de gala avec remise de distinctions aux pères fondateurs, aux quatre directeurs de publication — Haman Mana, Alain Blaise Batongue, Xavier Messe et Georges Alain Boyomo — ainsi qu’à plusieurs personnels décorés de la médaille d’honneur du travail et des palmes d’or

Au-delà des dates et des distinctions, une conviction demeure : certaines aventures éditoriales traversent le temps parce qu’elles épousent, mieux que d’autres, les mutations de leur époque.

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