Un cri d’alarme a été lancé au Cameroun par la Ghanéenne Dzifa Tamakloe lors de la première édition du Sommet africain de l’édition musicale (SAEM), tenu à Yaoundé.
Consultante en droit d’auteur et spécialiste de la propriété intellectuelle, elle porte un regard lucide et ambitieux sur l’avenir des industries culturelles africaines. Selon elle, le continent dispose de tous les atouts pour s’imposer sur la scène musicale mondiale, à condition de renforcer la protection juridique des créateurs et de mieux structurer les mécanismes de rémunération. S’inspirant de l’exemple ghanéen, qui a connu des avancées notables, l’experte en copyright explique avoir voulu découvrir les réalités culturelles et économiques d’Afrique centrale à travers sa participation au SAEM.
Lors du panel auquel elle a pris part, Dzifa Tamakloe a rappelé, citant Matthew Bolton, que « les métadonnées sont la colonne vertébrale de l’économie musicale ». Elle précise :
« Je maîtrise bien l’industrie musicale ghanéenne, mais je voulais comprendre comment les autres pays africains développent leur économie créative, leurs écosystèmes musicaux et leurs systèmes de valorisation des œuvres. »
Son intervention a marqué les esprits par son aspect concret. Devant un public composé d’artistes, d’éditeurs, de producteurs, de gestionnaires de droits et de décideurs publics, elle a insisté sur trois enjeux majeurs : la transformation numérique, les revenus issus de l’édition musicale et la traçabilité des paiements aux créateurs..https://www.facebook.com/share/r/1BMMxSUzAK/
Selon elle, de nombreux artistes africains continuent de perdre des revenus faute de formalisation de leurs collaborations professionnelles. Cette fragilité les empêche de défendre efficacement leurs droits lorsque leurs œuvres circulent sur les plateformes numériques ou sont exploitées commercialement.
« Les artistes doivent intégrer la signature de contrats dans leurs habitudes. Un accord verbal ne suffit plus dans l’économie créative actuelle. Les engagements doivent être écrits, documentés et signés pour protéger les droits de chacun », souligne-t-elle

Cette exigence concerne l’ensemble de la chaîne créative : photographes, maquilleurs, réalisateurs, graphistes ou producteurs de contenus. Tous détiennent des droits qui méritent d’être protégés.
Pour Dzifa Tamakloe, la professionnalisation du secteur culturel africain passe par une véritable culture du contrat, encore trop rare sur le continent. Dans un environnement numérisé où les œuvres circulent instantanément à l’échelle mondiale, l’absence de documents contractuels constitue un frein majeur.
Elle appelle également les pouvoirs publics à agir. Les États africains disposent, selon elle, d’un levier essentiel à travers la législation :
« Les gouvernements peuvent renforcer la protection des artistes en adoptant des lois adaptées. Par exemple, rendre obligatoire la signature d’un contrat entre un organisateur d’événements et un artiste serait déjà un progrès notable. »
Cette approche rejoint l’un des principaux débats du SAEM : la nécessité de bâtir un cadre réglementaire capable d’accompagner la croissance de l’économie musicale africaine tout en garantissant une meilleure répartition de la valeur créée.
À l’approche de la publication de la Déclaration de Yaoundé, qui doit synthétiser les recommandations stratégiques du sommet, la consultante ghanéenne nourrit de grandes attentes. Elle espère voir émerger une vision commune accélérant la structuration du secteur à l’échelle continentale.
Son message reste optimiste. Là où certains pointent les faiblesses du marché africain, elle préfère mettre en avant son potentiel exceptionnel :
« L’Afrique regroupe le talent, la créativité et la diversité culturelle nécessaires pour dominer la scène musicale mondiale. Les échanges que nous avons aujourd’hui marquent un point de départ. En corrigeant certaines failles structurelles, le continent peut devenir une puissance majeure de l’industrie musicale mondiale d’ici cinq ans. »

Au-delà des enjeux stratégiques, son séjour au Cameroun lui a permis de découvrir les spécialités locales. Séduite par le poisson braisé et l’hospitalité camerounaise, elle repart avec une image positive du pays, souvent qualifié de « miniature de l’Afrique ». Avec humour, elle conclut qu’il ne lui manquerait plus qu’« un peu plus de piment ghanéen » pour être totalement comblée.
À travers des voix comme celle de Dzifa Tamakloe, le SAEM confirme sa vocation : susciter une réflexion africaine sur les conditions d’une industrie musicale plus juste, plus compétitive et mieux préparée à capter la valeur issue de ses créations dans l’économie numérique mondiale.
Texte écrit avec l’aide de Louis EBENE
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