Présidentielle 2025 : des ONG alertent sur les risques d’un scrutin contesté

À moins de deux mois de la présidentielle camerounaise, deux organisations internationales, Human Rights Watch (HRW) et International Crisis Group (ICG), tirent la sonnette d’alarme. Dans des rapports distincts mais convergents, elles mettent en garde contre les dérives politiques et sécuritaires qui pourraient compromettre la légitimité du scrutin.

Le 14 août, HRW a publié un communiqué dénonçant la répression croissante des opposants politiques. L’ONG cite notamment l’interpellation de partisans de Maurice Kamto, dont une manifestation pacifique devant le Conseil constitutionnel a été dispersée à coups de gaz lacrymogènes. Les accusations portées contre les manifestants — « trouble à l’ordre public » et « rébellion » — seraient, selon HRW, motivées par des considérations politiques.

« Cette mise à l’écart menace la crédibilité du processus électoral », estime Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior pour HRW, qui appelle les autorités à garantir un scrutin ouvert et pluraliste. Elle insiste : « Maurice Kamto devrait être autorisé à se présenter à l’élection et les citoyens camerounais devraient pouvoir choisir librement leur candidat. »

La tension est montée d’un cran après l’invalidation de la candidature de Kamto par Elecam, pour « pluralité d’investitures ». Le Conseil constitutionnel a confirmé cette décision le 5 août, déclenchant une vague de contestations.

Quelques jours plus tard, l’International Crisis Group a publié une note de synthèse axée sur les menaces sécuritaires. L’ONG craint une répétition du scénario de 2018, où les violences avaient empêché le vote dans certaines régions. Les séparatistes du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ont déjà annoncé leur intention de bloquer le processus électoral. Selon ICG, jusqu’à 15 % de l’électorat pourrait être privé de son droit de vote.

Dans l’Extrême-Nord, les attaques jihadistes et les inondations liées à la saison des pluies compliquent également la mobilisation des électeurs. L’ONG souligne que ces facteurs, combinés aux déplacements internes massifs, pourraient engendrer une participation très inégale.

Au-delà des enjeux sécuritaires, ICG alerte sur les risques de polarisation nationale. « Les menaces ne se limitent pas aux zones de conflit : elles se diffusent en ligne, alimentant un climat d’anxiété et de division », note le rapport.

Alors que le pays entre dans une phase électorale sensible, les appels des ONG résonnent comme un avertissement : sans mesures d’apaisement et d’inclusion, le scrutin de 2025 pourrait ouvrir une nouvelle période d’instabilité.

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