Sable Sanaga : L’univers tortueux de son exploitation

Sable Sanaga : L’univers tortueux de son exploitation

De nombreuses difficultés entourent la livraison de ce matériau de construction, devenu de plus en plus indispensable pour permettre aux édifices modernes d’embellir Yaoundé.

Carrefour du palais au quartier Etoudi, dans le 1er arrondissement de la capitale politique du Cameroun. Anthony Mvotto, chauffeur de Camion est à bord de son véhicule 10 roues, prêt à emprunter la route pour la petite bourgade d’Ebebda, dans le département de la Lékié, région du Centre. Tout comme le jeune chauffeur de 27 ans, de nombreux titulaires du permis de catégorie C bravent eux-aussi, les plus 75 kilomètres qui séparent Yaoundé à la localité d’Ebebda afin de dénicher un précieux Sésame : le sable de type Sanaga. « Une vraie mine d’or » affirme Patrick Ongali, chauffeur d’un camion tri-benne de marque Mercedes. Des propos, sans doute à l’origine de la présence de nombreux autres métiers qui gravitent autour de ces granulats.

Activités autour du sable

Si les chauffeurs de « gros porteurs » sont les plus célèbrent de ce vaste tissu économique, reste que ceux-ci, ne sont que, la face visible de l’Iceberg. En effet, à leurs côtés, d’autres spécialistes s’illustrent à dessein dans tout chantier. Ainsi à la carrière de Tsékani, se trouve des hommes aux regards déterminés, aux morphologies dignes de celles des champions de body-building. De vrais sosies de combattants de Mix martial Art qui n’ont pour seule et unique maîtrise que leurs pèles (outils de travail) dont la présence dans leurs mains endurcis par l’usure du temps et de l’espace passés au milieu de cette étendue d’eau de la Sanaga, apparaissent entre leurs cinq doigts acérés comme de simples cuillères. Des guerriers du secteur, toujours d’attaque pour assiéger chaque masse de ferraille qui se pointe à l’entrée avec pour objectif premier, d’attirer le chauffeur de camion vers le dépôt qui emploie ce chargeur. Une fois le client happé, le chef de dépôt va mettre à la disposition d’un piroguier un canot, pour conduire les creuseurs sur le fleuve, afin de faire le plein de la pirogue. De retour à la rive, des déchargeurs vont vider la barque et passer le relais aux chargeurs, qui devront remplir la benne de 20 tonnes ou plus. Toute cette chaîne pour un montant qui oscille entre 50.000frs et 90.000 FCFA selon les saisons.

Les tracasseries avant la livraison

Le retour apparaît comme un véritable parcours de combattant contrairement à l’aller où, les chauffeurs enregistrent juste quelques charges fiscales connues à l’instar du péage. Lors de la livraison, il faut en sus de ces frais, d’autres charges fixes notamment : les frais de commune qui s’élèvent au moins à 3000 FCFA, les frais de contrôle mixte (police et gendarmerie) dont les montants dépendent de l’humeur du Chef de poste. A ceux-ci, il faut adjoindre les incontournables gendarmes routiers, véritables pacha de ce cercle vicieux de corruption. Au total c’est en moyenne 15000 frs qu’il faut débourser tout au long du parcours pour donner enfin la possibilité aux nombreuses bâtisses et autres édifices contenant du « sable Sanaga » de sortir de terre. Un défi permanent qui demande tout de même à tout propriétaire de débourser environ 170.000 voire 200.000 FCFA selon la distance à parcourir avant d’atteindre le chantier.

Brice NGOLZOK

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