L’éradication de la pauvreté et des inégalités : l’expérience de la Chine

La lutte contre la pauvreté et les inégalités constitue l’une des préoccupations majeures des états modernes. Il n’est plus de campagne électorale de nos jours, nationale ou régionale, sans que la réduction ou l’élimination de la précarité dans laquelle vivent une frange de la population, ne soit inscrite sur l’agenda des candidats à la gestion de la cité. C’est dire l’enjeu que représente ces phénomènes aux yeux de la majorité de la société.

L’éradication de la pauvreté et des inégalités :  l’expérience de la Chine

Malgré le caractère central de cette thématique pour nos sociétés, la définition de la pauvreté et des inégalités a souvent fait l’objet de controverse. En effet, il s’agit de phénomènes complexes, revêtant une pluralité de manifestations. En ce qui concerne la pauvreté, deux approches sont généralement utilisées pour l’appréhender. D’une part, l’approche monétaire, généralement utilisée par la Banque Mondiale, identifie le revenu comme déterminant majeure de la pauvreté, dite « pauvreté monétaire ». Dans ce cadre, il est distingué la pauvreté absolue ou pauvreté extrême, correspondant aux personnes vivant avec moins de 1,90 dollars par jour, de la pauvreté relative qui se rapporte à un niveau de consommation inférieur à la moyenne de consommation du pays considéré. D’autre part, l’approche non monétaire, préférée du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), identifie plutôt l’accès aux capacités humaines (alphabétisation, santé, logement, etc.) de bases, appelées « capabilités » comme critère de pauvreté. Cette dimension permet également de rendre compte des inégalités, qui s’entendent comme la différenciation socialement hiérarchisée d’accès aux ressources.

Ceci dit, les gouvernements et la communauté internationale déploient de nombreux efforts pour réduire la pauvreté et les inégalités, et ce pour différentes raisons. En effet, la pauvreté est à la fois source et conséquence de la faible croissance économique, d’où le terme souvent employé de « trappe de pauvreté ». La faiblesse des revenus entraîne une faiblesse de l’épargne et donc du capital nécessaire pour investir. Et sans investissement, pas de croissance économique, d’où le cycle infernal. Aussi, les faibles revenus entravent également l’accès aux services de bases, d’où les difficultés de développement humain. Ensuite, la pauvreté mais surtout les inégalités, sont des sources de tensions sociales, et des catalyseurs aux conflits armés.

Cependant, malgré les efforts sus-évoqués, force est de constater que la pauvreté persiste, dans de nombreux pays, tant sous-développés que développés. Dans son rapport de 2020 sur la pauvreté et les inégalités, la Banque Mondiale rapportait que bien que la pauvreté ait continué de reculer de manière globale dans le Monde depuis 1990, notre planète comptait toujours près de 689 millions de pauvres en 2017. Dans certaines régions, la situation semble particulièrement critique. Suivant l’Indice de Pauvreté Multidimensionnel (IPM), de la « Oxford Poverty and Human Development Initiative », 47% d’africains sont pauvres soit près de 593 millions de personnes, dont 510 millions n’ayant pas accès à des installations sanitaires adéquates, 387 millions n’ayant pas accès à de l’eau potable, et 490 millions n’ayant pas accès à l’électricité.

Dans ce contexte mondial global de pauvreté résiliente, la Chine semble se démarquer par ses performances remarquables en matière de lutte contre la pauvreté. En effet, constitué encore d’une population à majorité pauvre au début des années 1980, la Chine est considérée en 2020 comme la deuxième économie mondiale et certaines études prévoient qu’elle devienne la première puissance économique mondiale avant 2027 (Morrison, 1998). L’Empire de Milieu a de manière concrète, réussie à générer une croissance structurellement enrichissante, lui ayant permis de réduire la proportion des personnes vivant avec moins de 1,90 dollars US, de plus de 66% en 1990 à moins d’1% en 2015. La Chine a de ce fait, réussi à pratiquement éradiquer l’extrême pauvreté, tel que le montre le graphique ci-dessous.

L’éradication de la pauvreté et des inégalités :  l’expérience de la Chine
Source : Banque Mondiale, World development Indicators,2019

Cette prouesse, est en grande partie expliquée par la vision et les stratégies de la République Populaire de Chine, visant à faire de ce pays une puissance mondiale. Si la politique de réforme et d’ouverture est la trame de fond globale de la stratégie économique de la Chine, au plan sectoriel, et notamment en ce qui concerne la lutte contre la pauvreté et les inégalités, les résultats forts éloquents venant d’être évoqués, s’expliquent en grande partie par le « xiao kang she hui » pouvant se comprendre comme une stratégie visant l’édification d’une société de moyenne aisance ou société de moyenne prospérité, à tous les égards. En effet, la société de moyenne aisance constitue l’un idéaux que la Chine s’est fixée pour le mieux-être de sa population, et pour lequel elle a déployé des efforts remarquables. Cet engagement déterminé dans cette vision a permis in fine, de sortir plus 770 millions de personnes de la pauvreté extrême.

D’un point de vue historique, les premières évocations de la société de moyenne aisance remonte à près de 2000 ans. Déjà en ce temps, plusieurs penseurs chinois de l’époque, argumentaient sur la nécessité de fixer « xiao kang hui » comme idéal à atteindre pour la nation chinoise, après de nombreuses décennies de guerres et de Chao. Dans un livre blanc publié le 04 avril 2021 intitulé « Réduction de la pauvreté : l’expérience et la contribution de la Chine », la Chine partage sa stratégie d’éradication de la pauvreté, de laquelle il ressort que le combat contre la pauvreté a été efficace en Chine, suivant une stratégie ciblée, visant prioritairement à relever le niveau de vie des populations en zone rurale. Ce rattrapage des zones rurales sur les zones urbaines conduit à terme, à l’édification d’une société où la grande majorité de la population bénéficie au moins, de conditions de vie descentes, avec des revenus supérieurs aux seuils de pauvreté mondiaux, d’où la société de moyenne aisance.

En septembre 2021, la publication d’un autre livre blanc, intitulé « Le chemin épique de la Chine de la pauvreté vers la prospérité », renseigne davantage sur le sujet et conceptualise la société de moyenne aisance à tous les égards. On y apprend ainsi que la société de moyenne aisance est une société de prospérité partagée, où tout individu tire bénéficie des fruits de la croissance économique, ne laissant à la marge aucune région ou groupe ethnique. Ainsi, la société de moyenne aisance, en plus de viser l’éradication de la pauvreté, ce veut être un modèle de réduction des inégalités d’accès aux capabilités. Ce modèle est fidèle à la philosophie économique de fond de la Chine, à savoir l’économie socialiste de marché, qui se veut être un système économique alternatif, empruntant à la fois au socialisme et au libéralisme, tout en atténuant leurs externalités négatives. L’économie socialiste de marché vise la complémentarité du dirigisme économique et de l’économie de marché, ou encore l’utilisation efficace de « la main visible » à savoir l’Etat, et de la « main invisible » qu’est le marché.

Les documents sus-évoqués permettent également d’apprendre que la société de moyenne aisance, est une stratégie visant la prospérité partagée suivant un développement économique équilibré et intégré. Dans ce cadre, les progrès doivent s’opérer à rythme élevé dans différents domaines structurants, de manière à créer une synergie efficace. La Chine s’est ainsi attelé à accroître ses performances dans son activité économique, sa gouvernance politique, sa gestion des politiques sociales et culturelles, et dans la préservation de l’environnement.

Ainsi, force est –il d’admettre que sur pratiquement l’ensemble de ces domaines, la Chine a réalisé en 40 ans, des progrès éloquents, efficaces à structurer une base d’aisance minimale pour tous ses citoyens. Au plan de l’activité économique, la Chine a su générer une croissance élevée à long terme, lui permettant de faire passer le revenu annuel par habitant de moins de 100 dollars en 1952 à plus de 10000 dollars en 2020. Cette croissance a été rendue possible par l’industrialisation. La Chine constitue le marché de produits manufacturés le plus large actuellement et est leader dans la fabrication de plus de 220 biens industriels. Cette industrialisation a été grande partie supportée par les avancées technologiques. La Chine dépense en moyenne 2,4 trillions de yuans en recherche développement, soit le deuxième plus grand investisseur mondial en R&D. La transformation structurelle qui s’en est suivie est patente. La répartition de la valeur ajoutée entre les secteurs primaire, secondaire et tertiaire, est passée de respectivement 50,5%,20,8% et 28,7% en 1952, à 7,7%,37,8% et 54,5% en 2020.

La société de moyenne aisance, suppose donc des revenus pour tous et donc une stimulation importante de l’emploi. Dans ce cadre, le nombre de personnes ayant un emploi est passé de 180 millions en 1949 à plus de 750 millions en 2020, ce qui prouve la vitalité du marché du travail en Chine. La prospérité partagée est également tributaire d’un accroissement substantiel du niveau d’infrastructures. En illustration, la Chine possède aujourd’hui le réseau le plus vaste au monde de trains à grande vitesse, et est à la pointe de la connexion 5G. Au plan démocratique, le Parti Communiste Chinois, continue de renforcer la participation du peule à la gestion de la cité, et à favoriser une expression démocratique structurée, des bases locales jusqu’au sommet stratégiques. L’architecture démocratique, vise ici à placer la condition humaine au centre des préoccupations politiques, d’où le renforcement de l’ancrage local des démembrements du PCC. Le caractère inclusif de la gestion démocratique, permettant de trouver un équilibre entre les spécificités culturelles et sociologiques, et le projet commun d’ensemble, semble donc incontournable à l’édification de la société de moyenne aisance suivant l’expérience Chinoise.

La Chine permet donc de prouver que la pauvreté et les inégalités ne sont pas une fatalité. Les efforts soutenus des gouvernants et de la population dans une stratégie endogène, ciblée et réalistes peuvent permettre de réduire ces fléaux à leurs plus simples expressions. De fait, l’expérience de la Chine parle aux pays africains.

Dr. NDIKEU NJOYA Nabil Aman/ Enseignant à l’IRIC

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