Que valent " LES HAUTES INSTRUCTIONS DU CHEF DE L'ÉTAT" ?

Grève des enseignants, situation sécuritaire, mesures d’accompagnement des ressortissants camerounais en Ukraine… Le traitement des dossiers brûlants par les différents chefs de départements ministériels au Cameroun a une spécificité : l’évocation des HAUTES INSTRUCTIONS DU CHEF DE L’ÉTAT.

Octobre 2017, alors que les doutes sur la capacité du Cameroun à achever la construction des stades pour la CAN qui devait préalablement se dérouler en 2019 persistent, l’ancien ministre des Sports et de l’Éducation physique Ismael Bidoung Mpkatt est invité sur le plateau d’Africa 24. Face aux interrogations du journaliste Babylas Boton au sujet de la lenteur des travaux, l’ancien MINSEP va évoquer les  » hautes instructions du Chef de l’État « . Et quand le journaliste rappelle à Bidoung Mpkatt que tout ceci n’est que des mots, le ministre va monter d’un cran.

 » Quand le Chef de l’État s’engage personnellement et déclare que tout sera prêt, le jour dit, pour cette CAN … » s’exclame Bidoung Mpkatt avant d’être stoppé par Babylas Boton qui lui rappelle que  » ça, c’est le vœu du Président. Sur le terrain c’est autre chose « . Et au ministre de rajouter :  » Un Président ne formule pas des vœux, ses hautes instructions sont des ordres qui sont exécutés à tous les niveaux de la République ». Une séquence culte de la Télévision qui reste gravée dans le mémoire sans manquer de faire sourire. La suite par contre est un peu moins amusante, car près d’un an après la fameuse intervention, le Cameroun se verra retirer l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations malgré les fameuses  » hautes instructions « . Et que dire du reste ?

L’expression est revenue à la mode à la faveur des multiples communications gouvernementales autour des crises sociales majeures que connaît le Cameroun. Si pour Grégoire Owona, il s’agit d’une  » formule administrative « , elle est surtout perçue comme le symbole de l’hyper concentration du pouvoir en contexte de Décentralisation par le Docteur Luison Essomba. Dans un environnement où la parole du Président de la République est rare, c’est aussi un moyen pour les ministres de crédibiliser leurs actions.

Sauf que l’évocation du nom du Chef de l’État n’aide pas à tous les coups. Ce n’est pas Laurent Serge Etoundi Ngoa qui vous dira le contraire. Alors qu’il bénéficiait d’une relative accalmie dans les rangs des Instituteurs dont il est le ministre de tutelle, il va déclencher le courroux des enseignants de son ordre en adressant  » Sous hautes instructions « , les félicitations du Chef de l’État pour la réserve et le sens patriotique de ceux-ci. Il suffira de peu, pour créer un autre foyer de tension.

En attendant, l’application des hautes instructions, les enseignants et ressortissants camerounais d’Ukraine continuent d’émettre des cris de détresse.

Kevin FOTSO

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