Cameroun : Affaire des avocats de Bonanjo : enquête sur une histoire de corruption et manipulation !

Cameroun : Affaire des avocats de Bonanjo : enquête sur une histoire de corruption et manipulation !

L’affaire des deux avocats arrêtés et conduits à la police judiciaire de Douala vient de pousser l’ordre des avocats du Cameroun à adopter des mesures visant à suspendre l’activité des avocats sur l’ensemble du territoire national sur cinq jours. Une décision saluée par ceux qui pensent que les avocats n’auraient pas dû être violentés dans leur sanctuaire. Eux qui sont venus apporter leur soutien à leurs collègues arrêtés et détenus injustement. Seulement, les avocats mis en cause, ont-ils fauté ou pas ? Comment peut-on arrêter et enfermer des hommes de droit alors qu’ils n’ont rien fait ? Quelle est la genèse de ce mal profond qui oppose aujourd’hui magistrats et avocats, Focus média Afrique vous plonge au cœur d’une enquête exclusive basée essentiellement sur les faits.

Tout part d’une affaire jugée au tribunal de première instance opposant le ministère public et l’entreprise SOTRASCAM, aux nommés : MBE Ladjou Evariste et MOUBOM Somyom Mark Lyane pour faux en écriture privée ou de commerce. En effet, les deux accusés extorquaient de l’argent à leur entreprise en réalisant de fausses factures pendant 03 ans. Depuis 2017, ils menaient leurs besognes en douce, et suite à un contrôle interne menée en 2020, les deux seront rattrapés et mis à la disposition de la justice pour réparer le préjudice porté à l’entreprise dans laquelle ils étaient embauchés. C’est alors que les avocats, Me. WANTOU NGUEFACK Ngueko Augustin et Me. MESSOUCK JOUNKO Annie vont se constituer en avocats des deux employés accusés et iront au tribunal défendre leurs clients. Une fois au tribunal, pendant le procès, les deux accusés vont reconnaitre tous les faits qui leur sont reprochés et vont même demander pardon pour avoir posé ces actes. Rappelons que pour une affaire comme celle-là, la peine maximale requise par la loi est de 08 ans et 03 ans pour celle minimale. Nonobstant cela, la juge en charge de l’affaire ayant vu leur bonne conduite devant la barre va leur accorder une circonstance atténuante et va les condamner à 18 mois d’emprisonnement, + 25.000 F. CFA d’amendes ; + des dommages et intérêts de 6.528.000 F. CFA, et à des dépens de 3.280.000 F. CFA. Nous sommes exactement le lundi 02 Novembre 2020. Une fois la décision de la juge prononcée, l’on se serait attendu à un retour à la vie normale, que les deux avocats en charge de l’affaire, pris dans l’étau d’un flou entretenu avant et pendant le procès vont dévoiler une face cachée de l’affaire qui va tout faire basculer.

C’est ici, que l’affaire s’enlise. Il s’agit clairement d’une tentative de corruption et d’escroquerie qui a mal tournée. Dans nos enquêtes pour tenter de comprendre la raison d’un tel acharnement sur les avocats qui étaient devant la barre pour défendre leurs clients, nous sommes tombés sur des informations exclusives qui vont permettre de révéler la volte-face de ces deux hommes de droit qui ont tout simplement voulus se jouer de leurs clients en faisant porter le chapeau à une juge totalement ignorante des accords ficelés au départ entre les famille des accusés et eux. Ainsi donc, apprendra Focus Média Afrique lors de son investigation, que Me. WANTOU ; et Me. MESSOUCK avaient pris de l’argent aux familles de leurs clients en leur faisant la promesse de le remettre à la juge chargée de l’affaire pour pouvoir obtenir leur mise en liberté et leur libération. Seulement, apprend-on, sans avoir approché la juge en question, et faisant face à la colère des familles des condamnés qui ne comprenaient pas comment après avoir remis 3  millions soit 1,5 million pour chacun des condamnés, aux avocats pour la juge, que cette dernière ait quand-même décidée de condamner leurs fils à 18 mois de prison. C’est ainsi que dans notre enquête, nous allons découvrir que les deux avocats vont aller à la rencontre de la juge pour faire croire aux familles des condamnés qu’ils allaient récupérer l’argent. Une démarche qui avait pour but de se blanchir en voulant faire porter le chapeau à la juge le jeudi 05 Novembre 2020, soit 03 jours après. Cette démarche des avocats était en fait motivée par la pression que les familles des condamnés exerçaient sur eux. Ils vont dans un premier temps, se rendre à ses bureaux pour essayer de faire croire aux familles des condamnés que la juge a restitué. A peine ont-ils voulu ouvrir la bouche que les familles vont entrer et se rendre compte qu’en réalité, que les avocats les avaient roulé en bateau et n’avaient jamais pu rencontrer la juge bien avant le procès pour la corrompre. D’ailleurs, il se dit dans les couloirs du TPI que le juge chargée de cette affaire est reconnue comme une incorruptible, et une qui prend toujours la peine de rendre les décisions de justice en évitant d’appliquer la peine maximale. Une attitude suspecte des avocats qui vont pêcher par un vice qui n’a pas échappé à notre vigilance. Dans un procès, lorsque le juge a déjà rendu sa décision, et à appliquer la peine qui s’impose, il n’est plus possible de modifier une quelconque phrase dans la décision finale. Eh bien, comment ces avocats ont-ils pu revenir auprès de la juge pour tenter de la corrompre en laissant à l’extérieur les familles à qui ils avaient pris de l’argent en avance et espérer que cela allait prospérer ?

C’est ici que tout le flou est entretenu dans cette affaire. Nous apprendrons durant notre enquête pour faire toute la lumière sur cette histoire qui fait désormais les choux gras de la presse nationale et internationale qu’une fois découverts par les familles de leur manipulation, ces avocats iront jusqu’à nier l’existence des traces d’argent qui leur aurait été remis par les familles des mis en cause, à tel point que des échauffourées ont déclenchés entre eux dans le bureau de la juge avant que la situation ne s’enlise et que le président du tribunal de première instance de Douala ne se saisisse de l’affaire et qu’ils (les avocats), avouent les faits. C’est suite à cela, qu’ils ont été interpellés et gardés à vue à la PJ De Douala le même jeudi 5 novembre 2020 où le PR a prescrit l’ouverture d’une enquête. Tels sont les faits qui ont conduits les deux avocats à être interpelés et gardés à vue à la police judiciaire.

Par ROMARIC TENDA

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