Cameroun : Droits de l’Homme : Le grand écart entre les textes et la pratique.

Cameroun : Droits de l’Homme : Le grand écart entre les textes et la pratique.

La 72ème journée internationale des Droits de l’Homme s’est célébrée ce 10 décembre 2020 sous le thème « reconstruire en mieux – défendons les ». Au Cameroun, cette journée a semblé ne jamais avoir existé. Une seule question taraude les esprits : Comment se porte les DROITS DE L’HOMME AU CAMEROUN ? FOCUS MEDIA AFRIQUE est allé à la rencontre de Maitre Ted DEMANOU, qui a accordé une entrevue sur les questions relatives aux droits de l’Homme au Cameroun.

FOCUS MEDIA AFRIQUE : Me Ted DEMANOU, bonjour !

Maitre : Merci bonjour !

FMA : la journée mondiale des droits de l’Homme s’est célébrée ce 10 décembre, comment se portent-ils au Cameroun ?

Me : Avant de répondre à cette question, laissez-moi vous dire qu’il s’agit d’un sujet quasi important pour la personne physique. Alors l’évolution des droits de l’Homme au Cameroun à ce jour est mitigée, les textes en la matière au Cameroun sont des plus pointilleux qu’ils soient car le Cameroun est l’un des pays au monde avec une législation assez fournie. Regardez par exemple le droit le plus fondamental de la personne physique qui le droit de manifester « Toute personne qui voudrait manifester est soumise à un préalable de déclaration » chose pas aussi simple au Cameroun, mais il vous est imposé le fait que l’autorité administrative auprès de laquelle vous faites la déclaration a la possibilité d’interdire cette manifestation, Donc c’est vraiment mitigée.

FMA : Dans les prisons par exemple, on observe un nombre criard de personnes incarcérées, comment expliquez-vous la lenteur dans la procédure judiciaire au Cameroun ?

Me : la lenteur dans les procédures judiciaires au Cameroun s’explique par plusieurs éléments, la liste n’est pas exhaustive. Il faut déjà rappeler que la procédure judiciaire c’est un processus par lequel une personne ou un groupe de personnes saisi les autorités compétentes afin de solliciter la réparation d’un préjudice causé. Ce sont des causes objectives qui intéressent plusieurs mises en cause suspectes et qui nécessitent pour son examen que la justice prennent son temps pour ne pas se tromper mais il y’a aussi des causes subjectives car parfois le paquet en matière pénale est démissionné.

FMA : On a souvent vu des personnes incarcérées dans l’attente d’un procès, laquelle de ces expressions vous semble-t-elle la mieux ordonnée, détention avant jugement ou alors jugement avant détention ? Dites-nous !

Me : Je vais répondre par les principes de bases en matière de procédures au Cameroun car il faut déjà savoir que la détention renvoie à la matière pénale, le code de procédure pénale a prévu des canons pour l’instruction et la réédition des décisions de justice. Lorsque vous faites l’objet d’une enquête préliminaire vous êtes présumés innocent jusqu’à ce que le tribunal se soit prononcé contre vous, mais l’officier de police judiciaire qui rassemble les éléments de preuve, lorsqu’il les trouve assez graves et concordants, il a vocation à restreindre votre liberté.

FMA : comment appréciez-vous jusqu’ici les progrès réalisés par les institutions nationales chargées de défendre les droits de l’Homme au Cameroun ?

Me : Nos institutions nationales de défense des droits de l’Homme ont encore du boulot à faire. En tant qu’Avocat, il y’a le collectif Maitre FOUSSE par exemple qui a décidé de fédérer à elle l’énergie d’autres Avocats afin de combattre les injustices partout où elles naissent. Nous assistons à des revirements de situations, vous avez par exemple assisté au procès de Rosange DJEUMENI la jeune dame assassinée à Kribi par son petit ami et par ailleurs sous-préfet Nous constatons que lentement mais surement les lignes sont en train de bouger. Si l’Etat, garant des droits et libertés individuelles s’impliquait, ces institutions et organisations n’auraient pas raison d’être.

FMA : Le Cameroun est depuis le lendemain du 8 Octobre 2018 le théâtre d’une crise post-électorale, on a assisté à de nombreuses arrestations suite aux marches interdites orchestrées dans les rues, quelles actions les Avocats ont-ils mené afin de défendre les sans voix ?

Me : on ne compte pas le nombre d’arrestations qui ont court depuis cette fameuse élection, des arrestations parfois arbitraires et parfois justifiées mais le plus souvent abusives. Les Avocats n’ont eu de cesse d’intervenir pour les sans voix, c’est un principe consubstantiel à la fonction d’avocat. Déjà de par les plaidoiries face au conseil constitutionnel, vous avez vu l’intérêt que le peuple camerounais a porté à la chose publique simplement parce que les avocats ont pris sur eux la charge de plaider l’ensemble du contentieux post-électoral. Ensuite il y’a eu le collectif Me SOUOP de regretté mémoire qui mène de grandes interventions pour faire sortir des geôles des manifestions pacifiques.

FMA : le tribunal de première instance de Douala a été le mois dernier le théâtre d’une scène de violence entre les forces de sécurité et les Avocats, Quel est votre ressenti ?

Me : ça s’est le signe partant de ce que rien ne va. Comment expliquer que les éléments d’une même chaîne parviennent-ils à se bagarrer ? Je persiste à croire que la personne qui a donné l’ordre de lancer l’assaut sur les Avocats en pleine salle d’audience a commis la pire erreur de sa vie. L’Avocat dans une salle d’audience ne représente aucune menace, je voudrais simplement que l’on en tire des conséquences et que l’on se promette que plus jamais pareil évènement ne va se reproduire.

FMA : Merci d’avoir répondu à nos questions !

Me : ce fut un plaisir d’échanger avec vous.

                                                                                                                           Entretien mené par Martial SOP
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