Cameroun - Interview : Les non dits d'une relance qui inquiète sur la voie ferrée

Cameroun - Interview : Les non dits d'une relance qui inquiète sur la voie ferrée

Passager en 2016 du train de la mort qui avait ôté la vie à 80 personnes selon les sources officielles au niveau d’Eseka,  Omer DJOMO, une des nombreuses victimes livre ici son analyse, au lendemain de la reprise des activités sur ce tracé, qui peine toujours à laver tout le  jet de sang qui y avait coulé.

 Merci de répondre à nos questions. Le trafic a repris  le Ier Juillet 2021 sur le tristement célèbre tracé Douala-Yaoundé, Avez-vous le sentiment que le Cameroun a pris des mesures préventives pour se mettre désormais à l’abri de ce type de catastrophe ?

Sur le plan préventif, le chemin de fer a été réhabilité sur le tracé Yaoundé-Douala, d’ailleurs le 01er Juillet marquait le redémarrage du transport des passagers sur cet axe-là. Je ne pense pas que toutes les mesures ont été prises. Parce qu’en réalité, d’après  les informations que nous avons, les wagons ont été simplement rénovés, les voitures rénovées et on les a remis en circulation. Sachez que ce qui a été à l’origine  de la catastrophe d’Eseka en Octobre 2016 c’était justement la défection ou encore le non fonctionnement du système de freinage. Le système de freinage n’a pas fonctionné lors de la catastrophe sur le viaduc et donc lors de la descente, le train a pris une allure que le conducteur n’a plus pu maitriser. C’est donc comme ça que l’accident survient.

Maintenant, est-ce que véritablement on a acheté de nouvelles voitures dont le système de freinage rentre en raccordement normal  avec les locomotives ? Là est toute la question. Est-ce que les techniciens ne se tromperont plus pour atteler des voitures d’une marque x à une locomotive y pour que ce même problème de freinage ne se pose  plus ? Parce qu’en fait on en est là. Le problème de freinage vient de ce que les voitures sont achetées en Chine, la locomotive vient du Canada et le système de freinage n’est pas le même. Donc je pense que ces mesures-là n’ont pas été prises.

Pourquoi donc relancer le trafic si tous les problèmes techniques qui ont ôté la vie à près de 80 personnes de sources officielles, et bien plus selon certaines victimes et témoins, n’ont pas été résolus comme vous l’affirmez ?

 Il fallait absolument reprendre le transport sur ce tracé là et on s’y est mis sans pour autant acheter de nouvelles voitures, sans pour autant normer véritablement l’attelage donc il demeure encore des ombres d’inquiétude sur cette relance, ça ne rassure pas totalement, je parle là en tant que victime.

Justement,  cinq années après la survenue du drame d’Eseka, peut-on dire que  les victimes ont  bénéficié d’un accompagnement conséquent ?

Il faut dire que nous victimes restons encore sur notre faim parce qu’on n’a pas eu la totale réparation comme il se devait de l’avoir. Pour mon cas personnel, je vais dire que, je n’ai pas réclamé quoi que ce soit. Personnellement, je me suis extrait justement du lot de tous ceux qui avaient véritablement besoin. Par contre, j’ai vu des gens  dont la catastrophe a véritablement transformé mais alors négativement leur vie. Et qui, aujourd’hui, peinent à s’insérer, à reprendre leurs activités sans pour autant que le concessionnaire Bolloré ou encore l’Etat du Cameroun s’en émeuve ou alors ne se gêne pour pouvoir apporter  un soutien, une contribution, une aide  à l’insertion de ces derniers.

Plusieurs victimes et familles de victimes ont pourtant bénéficié d’un dédommagement mis à disposition par Camrail, ainsi que d’un soutien financier du Chef de l’Etat.

C’est vrai que j’ai appris ci et là qu’il y a des gens qui sont véritablement passés à la caisse, qui ont eu de l’argent… mais Ce n’est pas beaucoup ; et même l’argent dont on parle c’est relativement du menu fretin, ce n’est pas grand-chose. Vous entendez quelqu’un au maximum  dire avoir eu   03 millions de francs fcfa,  04 millions ici, donc …pour certains c’est peut être beaucoup mais à mon niveau  je trouve que l’Etat n’a pas suffisamment, de mon point de vue accompagné les victimes.

A quoi vous seriez-vous concrètement attendu en tant que victime ?

 Il fallait peut être trouver un moyen, un cadre dans lequel les victimes devaient  se retrouver pour bénéficier d’un accompagnement dans le sens de la réinsertion dans leurs différentes activités après cette catastrophe-là.

Propos recueillis par Rolande Agong

Leave a comment

Send a Comment

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.