Entretien : Ravages silencieuses du paludisme au Nord - Ouest

«On est passé en 2015 de 200 décès par an à 230 décès en 2020 due au paludisme». Ces propos sont ceux du Dr WIRNGO MOHAMADOU , Coordonnateur du Groupe Technique Régional de Lutte contre le Paludisme à Bamenda. Il revient dans cet entretien sur les difficultés liées à la riposte contre cette maladie, dans un territoire en crise.

Entretien : Ravages silencieuses du paludisme au Nord - Ouest

FMA : Bonjour Dr WIRNGO vous êtes coordonnateur du groupe Technique Régional de lutte contre le paludisme pour le Nord-Ouest. Merci d’accepter de répondre aux questions de Focus Media Afrique.

Dr WIRNGO : Je vous en prie.

FMA : Dites-nous Dr, quelle est la situation qui prévaut dans le Nord-Ouest au sujet de la lutte contre le paludisme ?

Dr WIRNGO : La lutte contre le paludisme dans le Nord-Ouest a pris des coups à cause des défis que la crise actuelle nous a imposés. Des défis surtout en termes d’accès aux soins de qualité.

FMA : À un tel point d’ailleurs Dr qu’on y annonce des chiffres inquiétants?

Dr WIRNGO : en effet. Lorsqu’on regarde la situation de morbidité et de mortalité due au paludisme on se rend compte que entre 2015 et 2020, il y a une augmentation du nombre de cas. On est passé de 100.000 cas par an en 2015 à 170.000 cas en 2020. En terme de morbidité également on est passé en 2015 de 200 décès par an à 230 décès en 2020 due au paludisme. Quand on regarde également la proportion de tous les cas qui viennent dans les hôpitaux nous voyons que la proportion de ces cas qui est due au paludisme a également augmenté dans la Région du Nord-Ouest entre 2015 et 2020. Quant à la proportion des décès qui surviennent dans les formations sanitaires du Nord-Ouest , on se rend compte que la proportion des décès liée au paludisme a aussi augmenté entre 2015 et 2020; ce qui fait qu’il y a vraiment une défaillance au niveau de l’accès aux soins et il y a également une défaillance au niveau des mesures de prévention contre le paludisme dans la Région du Nord-Ouest.

FMA : Situation vraiment inquiétante au regard des chiffres que vous présentez en effet, et on imagine que ce n’est pas faute pour l’équipe que vous dirigez d’avoir procédé à la mise en place de stratégies pour garder la situation sous contrôle.

Dr WIRNGO : Nous sommes en train de travailler pour voir si nous pouvons maîtriser, inverser cette courbe.

FMA : Et que faites vous concrètement ?

Dr WIRNGO : concrètement, nous avons déjà commencé par faire une analyse des causes de cet état des choses. La grande cause c’est donc déjà la crise sociopolitique qui prévaut dans la Région parce que cette crise a un effet profond sur les mesures de lutte contre le paludisme. D’abord quand on prend les mesures de prévention, plusieurs populations se sont déplacées et en se déplaçant ces populations ne partent pas toujours avec leurs moustiquaires pour se protéger contre le paludisme. Également on voit que les messages de lutte contre le paludisme ne sont pas diffusés, parce qu’on a environ 80 % des radios communautaires qui sont fermées à cause de la crise, donc la sensibilisation de la population a pris un coup. Quand on regarde au niveau de l’accès aux soins, il y a environ 25 % des formations sanitaires qui étaient non fonctionnelles à cause de la crise et dans celles qui sont fonctionnelles on constate également que le personnel qualifié a déserté les lieux à cause de l’insécurité, ce qui fait que la population se retrouve en manque d’une prise en charge de qualité. Nous prévoyons donc déjà de faire un recrutement local des personnels et de les former au diagnostic et à la prise en charge du paludisme. De renforcer les capacités des personnels qui sont restés sur place et également mettre à contribution les agents de santé communautaire. Il faut dire que dans le Nord-ouest, on avait déjà un réseau de 597 agents de santé communautaire qui travaillaient dans 9 sur les 19 districts de la Région et ces agents de santé communautaire assuraient un paquet d’activités de prévention et de prise en charge des cas de paludisme. Nous comptons augmenter ce nombre en ajoutant 543 agents de santé avec l’appui du Fonds Mondial de Lutte Contre le Paludisme, puis on va ajouter le nombre de districts couverts par ces agents de santé communautaires. Nous comptons également travailler avec eux pour assurer une communication de proximité parce que avec le nombre de radios fermées, une communication de proximité est très importante et les agents de santé communautaire qui sont très proches de la communauté seront utilisés pour véhiculer les messages de prévention contre le paludisme.

FMA : Appui considérable du Fonds mondial de Lutte Contre le Paludisme uniquement ?

Dr WIRNGO : Pas du tout. Nous travaillons également de concert avec beaucoup d’ ONG pour les guider sur les différentes stratégies de lutte contre le paludisme afin que leurs activités sur le terrain contribuent de façon significative à lutter contre cette maladie dans la Région. C’est donc l’opportunité pour nous qu’on va saisir pour renforcer la lutte. Et avec ses mesures en place, nous allons espérer que cela porte des fruits.

FMA : Y a t-il matière à espérer ?

Dr WIRNGO : Disons que nous avons déjà une lueur d’espoir parce que nos analyses en l’état des choses pour le premier semestre de 2021 montrent qu’il y a déjà une baisse de la mortalité et de la morbidité due au paludisme dans la Région, donc nous comptons vraiment continuer dans cette lancée.

FMA : Quels sont les délais que vous vous êtes fixés pour une meilleure évaluation de vos stratégies ?

Dr WIRNGO : nous travaillons de façon trimestrielle donc nous pensons qu’au 4e trimestre de 2021 nous aurons mis en place toutes ces stratégies.

FMA : Avez vous , un souhait ou des attentes que vous formulez ?

Dr WIRNGO : Oui. Il faut le dire les collectivités territoriales décentralisées restent un canal de financement dont nous n’avons pas encore reçu l’appui. Nous leur lançons un appel afin qu’elles se joignent à la lutte contre le paludisme qui reste encore la cause de mortalité primaire chez les enfants de moins de 5 ans. Nous les attendons dans ce combat pour assurer la pérennisation de nos actions.

FMA : Merci Dr

Dr WIRNGO : Merci à vous. Nous espérons que nous pourrons avec vous dès la fin de cette année, évaluée les avancées.

Interview menée par Rolande AGONG

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