Mœurs : Un goût d’hypocrisie généralisée à la camerounaise

Mœurs : Un goût d’hypocrisie généralisée à la camerounaise

Pas une journée, pas une seule minute ne passe sans que l’on ait droit sur les réseaux sociaux à une sortie d’indignation aux allures moralisatrice, sur le scandale qui, depuis quelques jours, remet en cause la moralité d’un célèbre journaliste camerounais.

Tout le monde se dit choqué, horrifié, scandalisé, dégouté par cette grave entrave aux droits humains, par cette insulte à la dignité de la femme, par cette perverse et diabolique violation des droits et de la dignité d’une pauvre mineure qui ne demandait qu’à se faire dédicacer un ouvrage. Un ouvrage dont elle aurait certainement dévoré les pages, pour s’abreuver à la source d’une expérience, du vécu d’un camerounais comme elle, qui, malgré un handicap qui aurait été pour plusieurs, un prétexte tout droit tombé du ciel pour se terrer dans le confortable terrier de la victimisation, s’est frayé un chemin et a réussi à le parer d’or.

Le scandale n’a pas encore livré tous ses secrets et l’on découvre, ahuris dit-on, que la réussite sociale et la célébrité au Cameroun aussi, et davantage chez les plus respectés, s’accompagne quelques fois et même essentiellement de casseroles plus bruiteuses et nauséabondes les unes que les autres. Naïveté ou hypocrisie, la réponse est aussi évidente que le constat sur la bonne santé de la dépravation des mœurs au Cameroun. Les familles ont démissionné, l’école affirme ne pas être assignée à refaire le monde, le Gouvernement prend son temps.

Au Cameroun, tout surprend, tout scandalise mais jamais rien n’est fait, aucune action n’est menée jusqu’au bout pour venir à bout, de façon radicale de comportements déviants et portant atteinte à la pudeur ou à la dignité humaine. On a bien en mémoire ces partouzes organisées par une jeunesse étouffée par une mondialisation qui veut que l’on vive pleinement sa vie, en toute liberté, au grand mépris de valeurs africaines plus portées vers la pudeur. On a bien en mémoire également ces sextapes qu’on n’a arrêté de compter, devenues monnaie courante dans une société pleinement inscrite dans l’ère des réseaux sociaux. On a bien en mémoire enfin, ces témoignages d’abus subis et décriés par des Camerounais et Camerounaises de tous bords au sujet de chantages indécents et autres propositions indécentes dans leur quête pour un emploi ou une promotion. De qui se moque-t-on et qui croit-on tromper ? Le Cameroun a mal à ses mœurs et tout le monde le sait. Pire, c’est tellement monnaie courante, qu’on s’y est fait, on vit avec et on est bien comme ça.

Une sortie plus ou moins honorable du gouvernement

« L’acte lui-même est déjà ignoble. Le publier l’est encore plus. Il s’agit des faits réprimés par notre code pénal. Je saisis cette occasion pour dénoncer avec la dernière énergie de tels actes odieux et malsains qui chosifient la jeune femme, en fait un objet sexuel dénué de toute valeur … Les victimes ainsi que les familles peuvent compter sur le soutien du Gouvernement » déclarait La Ministre Marie Thérèse ABENA de la promotion de la femme et de la famille ce 21 juin, en réaction au énième scandale généreusement et froidement servit aux Camerounais depuis le 16 juin dernier. 

Une « dernière énergie » qu’on est bien en droit de ne pas voir aller plus loin que des discours, un « soutien du Gouvernement » que l’on peine souvent à voir significatif, même en utilisant un microscope. Punir oui, mais qui prévient ? Qui protège ? Qui préserve ?

Le mal est profond et se limiter à des sorties aux couleurs et contenus humanistes, n’aidera pas les prochaines victimes qui, on est bien en droit de le penser, ont déjà été choisies par des bourreaux confortablement installés dans leurs fauteuils luxueux et même détenteurs du droit de succès ou d’échec du pauvre Camerounais livré à lui-même. Le Gouvernement affirme être disposé à aider, comment y parvenir de façon efficace, l’entreprise obligera si elle est sincère, à repenser l’éducation et, sans doute le plus difficile, à livrer des têtes. Des têtes couronnées avec qui, mis sur une même balance, le Camerounais lambda ne fait absolument pas le poids. Tous complices.

Rolande Agong

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